Manger et boire local

Les jeunes ménages désertent Montréal

Depuis 2001, Montréal perd en moyenne chaque année 21 000 de ses concitoyens au profit des villes situées en périphérie, qui proposent un marché immobilier plus favorable à l’installation.

L’année dernière, le solde net de ces mouvements à même été déficitaire de 23?827 personnes pour Mon­tréal, selon les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec. Sans l’arrivée annuelle d’environ 29 000 immigrants et 4 000 étudiants, la Ville serait même en train de se vider de ses forces vives.

La question de la troisième chambre
Les personnes qui quittent sont majoritairement de jeunes couples. «Ils partent avant tout pour des raisons de sécurité; la leur et celle de leurs enfants», selon Richard Bergeron, urbaniste et chef de Projet Montréal qui pointe notamment du doigt la circulation excessive sur l’île.

Généralement, ajoute t-il, si les jeunes ménages ne sont pas partis après le premier bambin, ils le font à l’arrivée du deuxième pour une question de place dans le logement. C’est le cas de Sophie et Zach. «On voulait deux niveaux pour avoir une grande salle de jeux pour les enfants, ainsi qu’un jardin», confie la jeune femme. «Comme on n’avait trouvé que dans l’est ou dans l’ouest de l’île, on s’est dit autant aller en banlieue», précise t-elle. C’est à Rosemère que la famille s’est installée, après avoir quand même cherché à Montréal.

Prix excessifs
L’autre grande raison de cet exode, c’est la pénurie de logements abordables sur l’île. Depuis la crise du logement à Montréal de 2001 à 2004, les maisons et les appartements bons marchés sont une denrée rare. «On a essayé toutes les possibilités, même se mettre avec un autre couple, pour acheter un duplex, mais c’était vraiment trop cher», regrette Marie-Claude, 31 ans. 

Récemment mariée, cette Montréalaise de cÅ“ur s’est s’installée à Laval l’année dernière avec son mari. «On a un jardin, une piscine et on reste à 30 minutes du centre-ville en voiture, ce n’est pas si mal», s’enthousiasme la future maman.
Et ne comptez pas trop revoir ceux qui décident d’abandonner Montréal. «Une fois qu’ils sont partis, ils reviennent rarement, même pas pour la retraite», s’exclame M. Bergeron. Le solde migratoire des 60 ans et plus entre Montréal et les régions est en effet déficitaire de 14 000 personnes.

Regards croisés sur la banlieue
Qu’ont en commun Sophie, Marie-Claude et Nancy, mis à part qu’elles sont dans la trentaine, actives professionnellement et mamans? Réponse : Ce sont d’ex-Montréalaises qui ont quitté leur ville chérie par dépit. Sans se connaître, toutes trois ont eu la même démarche. 

Elles ont d’abord cherché à Montréal, une ville qu’elles disent toutes apprécier. Elles ont vite déchanté. Après plusieurs visites, le constat fut le même : trop cher ou alors trop de travaux à faire. «Si c’était pour se retrouver excentré, on s’est dit autant aller s’installer en banlieue», résume Sophie, 39 ans. Pour le prix d’un 4 et ½ à Montréal, elle habite désormais, avec mari et enfants, une belle maison à Rosemère avec piscine et jardin. «En plus, à Rosemère, les écoles sont belles avec beaucoup de jeunes professeurs», ajoute Nancy, qui habite elle aussi dans cette petite ville.

Preuve que l’engouement pour la banlieue est là, Marie-Claude et son  mari ont même surenchéri pour obtenir la maison lavalloise de leurs rêves en 2006. «Elle était en vente à 209 000 $, on a mis 213 000 $ pour l’avoir», raconte la jeune mariée de 31 ans. Deux étages, piscine, un petit jardin et deux stationnements intérieurs, c’est effectivement un «n’y réfléchissez pas deux fois».

Si Marie-Claude dit ne pas s’ennuyer de ses amis montréalais – tous habitent ailleurs désormais – Sophie et Nancy ne partagent pas cet avis. «À Montréal, quand on a des enfants, comme il n’y a pas d’espace, on va dans les parcs et ça permet de rencontrer du monde. Ici, chacun reste chez soi», déplore Sophie.

En instituant chaque samedi à Rosemère un marché public de produits biologiques – L’Autre marché -, Sophie a bien essayé d’apporter l’esprit du Plateau dans sa petite ville, mais, elle l’avoue, l’esprit communautaire et la banlieue ne font pas bon ménage. Elle envisage encore un jour remettre les pieds à Montréal d’ailleurs.  

Montréal riposte
Pour tenter de sauver les meubles, Montréal a renouvelé en décembre dernier ses subventions aux jeunes familles. Pour les ménages avec un enfant qui achètent un logement de moins de 235 000 $, la Ville verse 10 000 $. Pour les ménages sans enfant, la subvention est de 6 500 $.

Chose intéressante, cette subvention peut s’ajouter à celle offerte dans le cadre du programme Accès Condos. Ce programme, géré par la Société d’habitation et de développements de Montréal (SHDM), consiste à offrir un crédit d’achat de 10 % aux nouveaux propriétaires.

Dans le cas d’un condo de 175 000 $, grâce au crédit d’achat de 10 % (17 500 $), l’hypothèque ne sera que de 160 000 $. «Dans les faits, le ménage n’a plus de mise de fonds à faire», explique Jean-François Bertrand, directeur adjoint de la SHDM.

Le crédit d’achat (17 500 $) ne sera remboursable à la SHDM qu’à la revente en y ajoutant 10 % de la plus-value éventuellement obtenue. Il faut bien évidemment être admissible à un contrat d’hypothèque.    

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