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Prêts hypothécaires : Nouvelles mesures… pas de panique!

Le 9 juillet, le gouvernement du Québec a mis un frein aux prêts hypothécaires dits «à risque», souvent comparés aux  subprimes américains. Plus question, pour les banques et les prêteurs, d’autoriser les prêts hypothécaires sur plus de 35 ans. De plus, une mise de fonds de 5?% deviendra obligatoire dès le mois d’octobre.

Le changement, qui menaçait dans un premier temps d’ébranler le système des prêts hypothécaires canadiens, ne devrait finalement pas constituer un bouleversement majeur, selon plusieurs économistes.

«C’est surtout l’accessibilité qui va changer, résume Mario Couture, économiste chez Desjardins. Les assouplis­sements de ces dernières années ont permis à un bassin de clients plus modestes d’accéder à la propriété. Ces nouvelles mesures constituent un retour en arrière.»

L’économiste de Desjardins ne voit pas pour autant ces mesures d’un mauvais Å“il?: «Ce sont plus des mesures de précaution, ajoute-t-il. Ce changement n’aura pas un impact majeur, mais réduira le bassin des personnes admissibles et rendra donc le marché plus sûr. Quand un jeune couple achètera sa maison, il sera donc plus prudent en mettant une mise minimale de 5 %. Ça montrera aussi sa bonne volonté et constituera au moins une base d’épargne.»
 
«Une gestion fédérale très rigoureuse»
Mario Couture ne partage pas le point de vue des alarmistes et remet en contexte la situation : «Le Canada possède une gestion très rigoureuse de ses institutions de crédit, très différente de la gestion hasardeuse des États-Unis, assure l’économiste. Le marché américain des subprimes n’existe pas vraiment ici, ou de manière très marginale.»

«Cette diminution à 35 ans peut être vue comme un message transmis par le gouvernement aux institutions financières afin de privilégier désormais les remboursements sur 20 ou 25 ans et de ne pas trop étirer les périodes de remboursement», conclut l’économiste de Desjardins. L’autre message : «Obliger à payer intérêts et capital dès le départ, alors que parfois, on pouvait attendre des années avant de rembourser le capital», note M. Couture.

Manon Stébenne, conseillère à la Banque Lauren­tienne, juge que ces mesures «n’occasionneront pas de baisse significative de la demande de prêts hypothécaires, car la différence entre un versement hypothécaire amorti sur 40 ans ou sur 35 ans n’étant pas majeure, la plupart des clients qui auraient opté pour une période de 40 ans vont probablement se tourner vers un prêt sur une période de 35 ans», assure-t-elle.

«Un ajustement, pas une refonte majeure»
Selon elle, l’amortissement jusqu’à 40 ans constituait une solution de rechange pour diminuer les versements hypothécaires et leur permettre de souffler. «Cette option a surtout permis aux premiers acheteurs de devenir propriétaires plus rapidement, sans mise de fonds», reprend Manon Stébenne.

Il s’agit donc d’un simple ajustement, non d’une refonte majeure : tel est l’avis partagé par tous les professionnels du système bancaire québécois. Dont Christelle Chesneau, porte-parole de l’Association des banquiers canadiens : «Le gouvernement a très clairement affirmé que le Canada a un solide marché hypothécaire et que les institutions bancaires prêtent prudemment», assure-t-elle.

«Les banques détiennent environ 60 % du marché canadien des prêts hypothécaires à l’habitation, et leurs prêts hypothécaires en souffrance demeurent historiquement faibles, note Mme Chesneau. En avril 2008, ils s’établissaient à 0,26 %.»

Loin de la panique annoncée, les banquiers et organismes de crédit comptent bien redresser la tête et «continuer d’offrir une gam­me de produits hypothécaires qui répondent aux besoins des clients en facilitant l’accès à la propriété», souligne Mme Stébenne. 

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