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C’est-tu correct d’acheter de l’artisanat autochtone quand on est allochtone?

Des pagaies artisanale de la compagnie Onquata, un duo mère fille Wendat.
Des pagaies artisanales de la compagnie Onquata, un duo mère fille Wendat. Photo: Le compte Instagram de la compagnie Onquata, @onquata.paddle

Avez-vous toujours hésité à acheter des mocassins par peur de faire de l’appropriation culturelle? Pensez-vous qu’afficher un capteur de rêves dans votre fenêtre risque de conduire à votre annulation? Vous délirez un peu!  

« Quand on vend un objet à une personne allochtone, on lui explique ce que ça veut dire pour nous, affirme Josée Shushei Leblanc, fondatrice et propriétaire de l’atelier-boutique Atikuss, qui a reçu le prix d’entreprise de l’année décerné par Tourisme autochtone Québec. C’est un excellent moyen de connaître des parcelles de notre histoire et d’échanger. » 

Sonia Gros Louis est impliquée au sein du Conseil de la nation huronne-wendate et des Rendez-vous des artisans et artistes de Wendake, dont la prochaine édition aura lieu en novembre et où les allochtones sont les bienvenus. « On transmet un message à l’intérieur de notre travail », résume-t-elle en disant comment plusieurs objets d’artisanat viennent avec une légende et une connexion spirituelle ou philosophique.   

Et quand on porte des bijoux de perlage ou qu’on décore notre maison avec des pagaies comme celles de la boutique Onquata, le principe reste le même. Comme allochtone, on peut transmettre à d’autres les connaissances que l’artisan.e autochtone nous a partagées. En même temps, c’est une manière de montrer son soutien envers les Premières Nations, tant moralement qu’économiquement, et de participer au processus de réconciliation. Pas pour rien que les allochtones sont aussi invités aux pow-wow!  

Démêler le vrai du faux 

Il y a cependant un consensus chez les artisan.e.s autochtones : il faut acheter des créations authentiques. Si on peut déjà éliminer tout ce qui a une étiquette «made in China», ce n’est pas toujours facile de s’assurer de l’origine de l’artisanat qu’on veut acquérir.    

Un artisan, quand il produit son œuvre, il met toute sa pensée dedans. À chaque perle, il fait un vœu. Il y a un aspect cérémonial autour de la création d’artisanat. C’est sûr qu’il n’y a pas ça avec un capteur de rêve à 5 piastres!

Josée Shushei Leblanc 

L’artisane et entrepreneuse innue dénonce d’ailleurs les gens qui font de faux certificats d’authenticité. Elle donne en exemple une compagnie manitobaine qui confond même des membres des Premières Nations avec son marketing qui la décrit comme une «entreprise ancrée dans la culture indigène» et qui «amplifie les voix des créateur.rice.s autochtones». De belles tournures de phrases pour éviter de dire clairement qu’elle n’est pas une propriété des premiers peuples.  

Josée Shushei Leblanc est propriétaire d’Atikuss. Photo: Gracieuseté

La Commission de développement économique des Premières Nations du Québec et du Labrador (CDEPNQL) a dévoilé l’automne dernier un symbole représentant un ours. Créé par l’artiste anichinabé Frank Polson, le logo certifie que le produit est bel et bien vendu par une personne autochtone. Cependant, il n’indique pas si ce qu’on achète est également de confection indigène.  

Une affaire d’échange 

La meilleure façon de s’assurer de l’authenticité d’un morceau d’artisanat, c’est donc de parler avec les personnes qui l’ont fabriqué… et d’en profiter pour en apprendre davantage sur leur culture. Justement, Josée Shushei Leblanc estime que l’attitude des allochtones dans son atelier-boutique a changé avec le temps.  

« Les gens sont tellement intéressés, maintenant, lance-t-elle. Avant, ce n’était pas vraiment le cas. Ils achetaient et s’en allaient. Maintenant, les gens viennent nous voir, posent des questions, veulent comprendre… Il y a même des gens qui s’excusent. C’est arrivé trois fois depuis la découverte des petits enfants. Ils nous disent qu’ils ne pensaient pas qu’on avait vécu ça.» 

Des excuses, Sonia Gros Louis aussi en a reçu d’allochtones dans la dernière année. « Pendant l’atelier d’artisanat, on fait la conversation. Je parle de ma vie en tant que membre des Premières Nations et de mon histoire. Quand on sort de là, les gens me disent que je devrais écrire un livre! Notre histoire a été écrite par les Anglais (et c’étaient les meilleurs), après ça elle a été écrite par les Français (c’était encore les meilleurs) et là, les gens auront celle des Premières Nations bientôt», dit-elle en soulignant l’ironie d’une histoire écrite avec une seule perspective. 

Au-delà du confort des mukluks ou de la beauté de boucles d’oreilles en perlage, l’artisanat est une façon pour les autochtones de vivre avec leur culture, de la transmettre aux autres nations et de se créer une économie dans l’espoir de pouvoir redonner à leur communauté. Comme allochtone, il n’y a donc aucune raison de s’en priver… sauf si c’est fait en Chine!  

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