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22:27 14 juin 2020 | mise à jour le: 14 juin 2020 à 22:29 temps de lecture: 8 minutes

Oubliez Paper Mario: Bug Fables est là

Oubliez Paper Mario: Bug Fables est là

Vous avez peut-être entendu parler du cycle de Sonic. C’est la théorie selon laquelle chaque sortie d’un nouvel opus du hérisson bleu suit la même trajectoire:
-un nouveau titre est annoncé, on est excités,
-des détails sont annoncés, on est inquiets,
-le jeu sort, on est déçus.

The Sonic Cycle | Know Your Meme
Source: Know Your Meme

Je pense qu’on pourrait appliquer l’exact même cycle aux jeux de la série Paper Mario depuis 2004.

Depuis des années (des décennies, rendu là), les fans réclament une suite dans la même veine que Paper Mario: The Thousand-Year Door sur Gamecube, mais Nintendo semble plus intéressé à jouer avec la formule.

Heureusement pour les fans de la première heure, les studios indies viennent prendre la relève, alors que Moonsprout Games nous présente Bug Fables: The Everlasting Sapling, un hommage aux Paper Mario d’antan.

Une copie au papier calque

Quand j’ai monté de niveau pour la première fois dans Bug Fables, j’ai pouffé de rire: même l’écran d’augmentation de niveau est copié/collé sur Paper Mario.

En fait, tout est tiré tout droit de Paper Mario, sauf les personnages et l’univers.

Ici, vous incarnez Kabbu, un noble guerrier scarabée qui décide de se joindre à une guilde d’aventuriers.

Tout de suite, vous faites la rencontre de Vi, une petite abeille avare au caractère explosif mais au coeur d’or, et éventuellement de Leif, un étrange papillon de nuit au passé mystérieux.

Le système de combat est identique à Paper Mario: dans un combat tour par tour, vous devez entrer des commandes au bon moment pour augmenter la puissance de vos attaques ou pour bloquer les dégâts ennemis.

Par exemple, pour contrôler la corne de Kabbu, vous devez incliner le joystick vers le bas et le relâcher au bon moment (oui, exactement comme le marteau de Mario).

Chaque niveau gagné vous permet de choisir entre trois possibilités: augmenter les points de vie de votre équipe, augmenter ses points d’habiletés, ou augmenter la limite de médailles qui peuvent être équipées à la fois (oui, exactement comme les badges de Paper Mario).

Les points de vie sont très limités, et les dégâts infligés sont tout aussi restreints. Chaque point de vie devient alors d’une grande importance, et une parade réussie ou une attaque amplifiée peuvent faire toute la différence entre la victoire et la défaite (…oui, exactement comme dans Paper Mario).

Honnêtement, je pourrais arrêter ma chronique ici en disant ceci: si vous avez aimé Paper Mario au Nintendo 64 ou au Gamecube, vous aimerez à coup sûr Bug Fables.

Mais ce petit jeu d’insectes et de papier m’a quand même porté à réfléchir.

Il y a une raison pourquoi Nintendo essaie de changer la formule

Lors des premières heures de mon aventure dans le monde de Bug Fables, j’ai réagi de la même façon que la plupart d’entre vous allez sans doute réagir en jouant: je me suis dit « ENFIN! un vrai Paper Mario! »

Mais au fur et à mesure que les heures se sont accumulées, je me suis mis à réaliser, petit à petit, pourquoi Nintendo ne semble pas pressé de retourner à la formule originale.

D’abord, ce n’est pas très accessible au joueur moyen. Comme les dégâts et les points de vie sont limités, la réussite de chaque action devient importante, ce qui peut être difficile pour un joueur novice.

Disons que vous n’êtes pas très bons, et que vous ratez plus souvent qu’autrement les commandes. La seule solution, pour vous, sera alors de constamment retourner au village pour vous guérir, ce qui rendra l’aventure pénible.

De plus, un tel système de jeu oblige les développeurs à limiter le grind; comme chaque point de vie est si important, on ne peut se permettre que le joueur ne devienne beaucoup plus puissant que les ennemis. Ainsi, les ennemis se mettent rapidement à donner des quantités ridicules de points d’expérience, souvent un seul point.

Les combats, qui devraient être le coeur du jeu, deviennent alors une corvée à éviter.

C’est aussi un système de combat qui devient un peu répétitif à la longue. Les actions sont simples et répétitives, mais demandent quand même de l’attention. Je ne peux pas jouer distraitement en faisant autre chose comme je le fais quand je grind dans certains vieux RPGs old-school, parce que le jeu demande mon attention pour réussir mes attaques. Mais à la longue, ça ne reste pas non plus assez captivant pour vraiment être plaisant.

Qu’on comprenne bien mes commentaires: Bug Fables demeure un excellent jeu avec lequel j’ai eu du plaisir jusqu’à la fin (je pense même y retourner pour compléter certaines quêtes annexes laissées en plan).

Je dis juste que cette expérience exempte de nostalgie m’a également permis de voir certaines failles que Nintendo tente de colmater (souvent avec les pires solutions, j’en conviens).

Qu’est-ce que Bug Fables fait de mieux?

Alors, ce Bug Fables, se contente-t-il de singer Paper Mario, ou réussit-il à amener de nouvelles idées?

Pour la plus grande partie, Bug Fables est très heureux de se contenter d’hommager son prédecesseur.

Mais sous certains aspects, l’élève dépasse le maître.

Si je n’ai pas autant apprécié l’univers visuel de Bug Fables que celui de Mario (Kabbu n’a pas le charisme du plombier de Kyoto), l’écriture témoigne d’une maîtrise exceptionnelle.

Oui, les jeux de Paper Mario sont bien écrits, mais je pense que Bug Fables fait encore mieux. Sans vous offrir de divulgâcheurs, je vous invite à compléter les quêtes annexes propres à vos deux compagnons, Vi et Leif.

Leurs quêtes nous permettent vraiment d’apprécier ces personnages sous un nouvel angle, j’ai même été un peu ému par moment, et il en a été beaucoup plus difficile de quitter Kabbu et sa bande à la fin de ma partie.

Bug Fables bénéficie également d’un level design inspiré qui réussit à rendre l’exploration intéressante avec les nombreux puzzles qui vous demanderont d’utiliser les habiletés spéciales de vos compagnons.

Cette construction habile des niveaux évite aussi l’un des écueils majeurs de Paper Mario: The Thousand-Year Door: pas besoin de revenir en arrière à tout bout de champ. Quand vous revenez dans une section déjà explorée, c’est habituellement parce que vous avez accès à de nouvelles habiletés qui vous permettent d’explorer des zones inédites ou de découvrir de nouveaux secrets.

Sinon, on vous permet de vous rendre à votre destination directement sans vous faire perdre votre temps. Et ça, c’est très apprécié.

Alors, est-ce qu’on a la piqûre?

Mon verdict lancé un peu plus tôt tient toujours: si vous aimez les deux premiers Paper Mario, vous aimerez tout autant ce Bug Fables.

Bien sûr, la formule présente certaines défauts, et je ne trouve pas Kabbu et sa bande aussi attirants visuellements que Mario et Kooper, par exemple.

Mais Moonsprout games ont réussi, avec leur premier jeu, à faire aussi bien qu’un des titres les plus appréciés de l’histoire de Nintendo, et pour ça, ils méritent tout notre respect!

Un code pour Nintendo Switch nous a été fourni par l’éditeur.

Un texte de Pier-Luc Ouellet

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