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Russes et Ukrainiens montréalais recueillent des dons pour l’Ukraine

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Des bénévoles recueillent des dons au Marché Dunn, dans Notre-Dame-de-Grâce. Photo: Félix Hurtubise, Métro Média

«Nous avons reçu tout ça en une journée seulement. C’est sûr que nous allons devoir commander un autre camion», lance Alona Plotnik, un peu étourdie par toutes les boîtes empilées dans la cave de son commerce.

Propriétaires du Marché Dunn, son mari et elle, d’origine ukrainienne, recueillent les denrées non périssables, couvertures, médicaments, couches et nourriture pour animaux qu’ils reçoivent à leur épicerie du quartier Notre-Dame-de-Grâce. Samedi, un camion livrera «tout ce qui peut rentrer» jusqu’à Toronto, pour que les dons prennent la direction de l’Ukraine.

Mme Plotnik pensait devoir débourser les frais de transport jusqu’à l’aéroport Pearson, mais l’entreprise qui lui loue le camion a décidé de leur offrir le service à coût nul. Le matériel sera expédié gratuitement par l’entreprise de transport Meest Canada pour que les colis puissent arriver en Ukraine une semaine plus tard.

Au rez-de-chaussée, un coin de l’épicerie a été aménagé pour trier les multiples dons qu’on leur apporte. «Je suis surprise de voir à quel point les gens sont prêts à aider. C’est touchant de voir cette solidarité», raconte la propriétaire.

Des Russes mettent la main à la pâte

Parmi les bénévoles qui s’activent à empaqueter ce qui vient d’être reçu se trouve Elena Prozonova, une femme d’origine russe qui vit à Montréal depuis 20 ans. Rester les bras croisés devant cette crise humanitaire n’était pas une option pour elle. «La guerre, c’est terrible! affirme-t-elle, catégorique. Je devais faire quelque chose pour aider. C’est ma fille, qui a des amis ukrainiens montréalais, qui m’a dit que je pouvais prêter main-forte ici.»

Mme Prozonova se désole que toutes les personnes de sa communauté ne soient pas aussi promptes à condamner l’invasion.

«Beaucoup de gens que je connais finissent par croire toute la propagande qui passe sur les chaînes de télévision russes… même à Montréal! J’essaie de leur ouvrir les yeux en leur proposant d’autres sources d’informations, mais ils préfèrent ce qu’ils connaissent», déplore celle qui dit avoir perdu plusieurs amis à cause de visions contraires face à la politique étrangère russe.

La propriétaire du Marché Dunn, Alona Plotnik, la rassure. «Il y a plusieurs personnes d’origine russe ou des russophones du Kazakhstan et de la Moldavie qui nous aident et qui amènent des dons», explique-t-elle, fière de voir cette solidarité.

«Aider comme nous le pouvons»

À l’Église catholique ukrainienne Saint-Michel, rue d’Iberville, dans le quartier Sainte-Marie, Olga Kuzhilna est l’une des nombreuses bénévoles venues prêter main-forte pour la collecte. «Je suis contente que mon peuple et mon pays natal reçoivent tous ces dons. Nous faisons ce que nous pouvons pour nous entraider». Elle affirme recevoir vêtements, nourriture et habits pour bébés.

Alona Plotnik, propriétaire du Marché Dunn

Au Marché Dunn de Notre-Dame-de-Grâce, Alona Plotnik concède que d’envoyer de l’argent directement par les canaux classiques, comme la Croix-Rouge, est peut-être plus facile et plus efficace que d’expédier des colis en Ukraine.

Toutefois, elle pense que ce branle-bas de combat permet aux gens de se sentir moins impuissants devant la gravité de la situation. «Ça fait mal, admet-elle, la voix brisée. J’ai des amis en Ukraine et en Russie. C’est difficile de supporter cela. Alors, nous aidons comme nous le pouvons.»

Elle est toutefois catégorique sur la façon dont son gouvernement peut soutenir l’Ukraine. «J’aimerais que le Canada accélère l’accueil de réfugiés. Il y a des personnes de Kharkov [Kharkiv], une ville ukrainienne qui a été intensément bombardée, que je souhaite parrainer, mais le programme n’est pas encore ouvert.»

Jeudi, le gouvernement Trudeau a annoncé la mise en place d’un nouveau programme d’accueil pour les ressortissants ukrainiens qui souhaitent venir au Canada temporairement. Il souhaite ensuite accélérer le parrainage pour ceux qui veulent faire venir leur famille de façon permanente au pays. Ottawa a toutefois refusé de lever l’exigence de visas pour entrer au pays, comme le demande l’opposition.

Avec les informations de Quentin Dufranne.

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