Ahuntsic-Cartierville

Claude Des Rosiers, un sculpteur qui cisèle devant le public

Claude Des Rosiers à l’œuvre. Photo: Amine Esseghir

L’artiste Claude Des Rosiers, qui a passé son enfance à Ahuntsic, sculpte depuis presque trois décennies devant public. Depuis la fin août, il est installé près de la rue piétonne de l’avenue Park Stanley. Il façonne une statue pour commémorer les 50 ans de la mort de Marie Gérin-Lajoie, fondatrice de l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal, dont la maison-mère est à Ahuntsic.

Pourquoi vous a-t-on choisi pour réaliser cette œuvre?

Je crois que c’est venu de bouche à oreille. J’avais travaillé l’année passée au parc de la Visitation où j’ai modifié la sculpture de Guerino Ruba.

Faisiez-vous cela aussi en public?

Oui, mais c’était un travail uniquement avec des outils manuels.

Réalisez-vous toujours vos sculptures en public?

Je fais toujours comme cela. Je fais rarement des commandes chez moi parce que c’est dangereux de transporter une sculpture une fois finie. L’œuvre prend forme à l’endroit où elle est conçue et où elle sera posée. Tout ce qui se passe autour, comme les échanges que j’ai avec les gens, influence aussi mon travail.

L’œuvre est-elle conçue au fur et à mesure ?

Je vous donne un exemple. Il y a le petit Léon qui vient tous les jours avec sa mère. Je savais que je devais faire des enfants sur ma sculpture et le petit Léon est exactement de la taille du petit gars que je vais dégager là-bas [il pointe le côté droit de la pierre]. Je lui ai dit “mets-toi près la pierre” et pour le fun j’ai tiré un trait de crayon à sa hauteur. Bon, bien ce sera un petit Léon.

Quel genre de questions vous posent les gens qui vous voient travailler?

Qu’est-ce que vous sculptez? Est-ce que c’est de la vraie pierre? Ce sont juste des manières d’entrer en communication avec moi. Quand j’ai l’énergie, je les emmène ailleurs. J’essaye de leur expliquer ce qu’est le temps dans le monde de la sculpture. Je leur dis : “Chaque coup de ciseau est une seconde qui est immortalisée.” On va demander combien de temps ça prend pour finir la statue? Un mois. C’est long. Ou bien cela fait combien de temps que vous travaillez? Une semaine. Ça va vite. Est-ce que c’est long ou est-ce que ça va vite? Après, la statue restera 100 ans ici. Mais cela aura pris un mois pour la faire.

Ils ne vous dérangent pas trop, les curieux ?

Je me débrouille bien avec. Mais il m’arrive qu’en fin de journée ou quand je fais de la finition de manquer de patience. J’apprends à être gentil, mais ferme.

Vous savez aussi que ce n’est pas tous les jours qu’on voit un sculpteur au travail.

Je comprends et ça me touche de voir les gens s’intéresser. Je veux leur donner un petit quelque chose quand même.

Vous connaissiez Marie Gérin-Lajoie?

Je ne l’aurais pas choisie si on ne me l’avait pas demandé.  Je la connaissais de nom, mais j’ignorais son histoire. Je la découvre et je l’aime. Ce qui m’a impressionné, c’est qu’elle est la première femme québécoise à obtenir un bac [en 1911]. Je pensais que cela faisait longtemps qu’une femme avait terminé des études universitaires. Ensuite, il y a son engagement avec les enfants. C’était une belle femme, aussi, qui venait d’une famille aisée, mais qui s’est dévouée au peuple.

Le parcours historique d’un personnage vous inspire-t-il?

J’ai toujours fait des personnages qui ont des valeurs qui me rejoignent. J’ai fait le père Frédéric à Saint-Élie-de-Caxton et j’ai appris son histoire de franciscain pauvre qui marchait dans la campagne. J’ai fait à mon village Charrette, NotreDame-des-Neiges. Ce sont des personnages que je suis fier de représenter.

Est-ce qu’il y a un personnage que vous souhaiteriez sculpter?

J’aimerais faire Maurice Richard. Je sais comment ce sera. Il est toujours représenté tenant son bâton de hockey vers le bas. Mais je le ferais avec un gant à la main droite, l’autre au-dessous du bras et le poing gauche levé vers le ciel comme un guerrier.

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