Ahuntsic-Cartierville

Être une femme en politique

Alors que le 8 mars célébrera les femmes, l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville compte deux élues. Rencontre avec Émilie Thuillier, conseillère du district d’Ahuntsic et Jocelyn Ann Campbell, de Saint-Sulpice.

En quoi est-ce une force d’être une femme en politique?

Émilie Thuillier: C’est ni une force, ni une faiblesse. Ce que j’ai pu voir personnellement c’est que ça fait différent. C’est sûr que je suis jeune aussi [Émilie Thuillier a 32 ans] et des jeunes femmes en politique il n’y en a pas beaucoup. Ça permet d’apporter de la variété et d’accroître la représentativité de la population. On a besoin d’avoir dans n’importe quel secteur de la société des hommes et des femmes. En politique, il y a beaucoup d’hommes. Il manque de femmes. Ça répond à un besoin d’équilibre.

Jocelyn Ann Campbell: La lutte pour l’égalité des droits nous a montré que les femmes sont aussi douées que les hommes pour la politique. Ce sont les qualités de chaque individu qui font la différence et non le sexe. Au niveau municipal, les femmes ont en général un petit avantage. En politique municipale, les problèmes sont très concrets: le logement, la salubrité, l’eau, les parcs, les déplacements, le zonage, la sécurité, la pauvreté, etc. Ce sont des enjeux de la vie de tous les jours et personnellement, je me sens à l’aise dans cet univers où nous gérons les conditions immédiates et fondamentales de la vie des citoyens et de la société.

À quels défis devez-vous faire face?

ET: On n’en sort pas du défi conciliation travail-famille. À titre de « jeune femme », il y a aussi un enjeu de crédibilité. Je me fais souvent appeler mademoiselle. Ça me donne l’impression qu’on ne me prend pas assez au sérieux. Dans l’arrondissement, on est trois jeunes [Harout Chitilian et Étienne Brunet, les deux collègues conseillers d’Émilie Thuillier sont aussi dans le début de la trentaine]. Quand on est les trois ensemble les gens pensent que c’est moi la plus jeune, alors que je suis la plus âgée. On a encore ce défi à relever de la crédibilité de l’image. On n’est pas perçu pareil.

JAC: C’est le même défi que pour une mère de famille: les besoins sont toujours plus grands que les moyens. Nous sommes toujours dans l’urgence, en attente d’une rentrée d’argent qui ne vient pas toujours. Nos choix sont difficiles, car l’entretien de la chaussée est aussi important que le fonctionnement de la bibliothèque. Investir dans les infrastructures est fondamental, mais ce n’est pas très « glamour » en politique. Il faut quand même le faire, comme un ménage qui doit épargner pour la retraite alors que les besoins des enfants sont prioritaires.

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui veut se lancer en politique?

ET: De ne pas chercher à imiter nos collègues masculins. Chacun a son style et doit le développer. Les femmes on a un style différent et il faut le cultiver. Ne pas avoir peur de s’affirmer. Ce n’est pas un milieu qui nous laisse facilement la place. Il faut prendre sa place, car on ne va pas nous dérouler le tapis rouge.

JAC: Ce sont des conseils qui valent pour tout le monde, mais peut-être plus encore pour les femmes. Il faut protéger sa santé physique et mentale. On a tendance à s’oublier et à chaque fois, on en paie le prix. Alors il faut constamment faire des choix et les bons choix. Nous sommes constamment sollicités, tout semble prioritaire, mais il faut savoir choisir quand même, abandonner certaines activités. Il faut garder du temps pour soi et pour ses proches.

Qui est votre modèle féminin?

ET: Je n’ai jamais eu de modèle. Pour n’importe quoi. Même adolescente, je n’en avais pas. On peut s’inspirer d’autres personnes, de leur façon de réagir dans des situations, mais je n’ai pas de modèle.

JAC: Je n’ai pas vraiment de modèle, mais beaucoup de femmes m’inspirent parce qu’elles ont du talent et qu’elles ont travaillé très fort, comme Marie Laberge, Jeannette Bertrand ou Céline Dion. Disons que je donne la palme à Jeanne Mance, cofondatrice de Montréal. Nous rétablirons sa place dans l’histoire à l’occasion de 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie. C’était non seulement une femme de cœur, mais aussi une femme d’affaires aguerrie!

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