Ahuntsic-Cartierville

Des gardiens des prisons de Bordeaux et Tanguay punis

L’année passée, la prison pour femme Tanguay, près de Bordeaux, a vu six de ses agents sanctionnés pour divers manquements aux règlements, dont un pour avoir dormi au travail.

Avec Julie Lambert

Si on rapporte souvent des cas de violences chez les détenus, qu’en est-il de ceux qui les gardent? Indiscipline, violence, introduction d’objets, voire même siestes au travail sont quelques-uns des manquements sanctionnés par l’administration pénitentiaire. Pour faire le bilan, TC Media a fait une demande d’accès à l’information concernant les sanctions et réprimandes qui touchent les gardiens de prison, dont ceux de Bordeaux et de Tanguay.

Dans le classement des centres de détention de la province, Tanguay se se retrouve parmi les établissements où la proportion de mesures disciplinaires prises contre des gardiens est la plus forte.

Même si le nombre absolu de réprimandes parait peu élevé, neuf en trois ans, il n’en demeure pas moins que ce sont plus de 5 % des 110 agents qui sont concernés.

Un peu plus au nord, au centre de détention de Montréal, qu’on appelle communément Bordeaux, 2,2 % des effectifs a été puni. On observe aussi une sanction grave, le congédiement disciplinaire en 2013, d’un agent pour manquement aux directives. Il y a presque 600 agents qui travaillent au sein de la prison la plus célèbre du Québec.

Certes, ces chiffres sont en deçà du taux de sanctions prises dans d’autres établissements.

Les plus élevés enregistrés dans les 19 établissements provinciaux se retrouvent à Amos (16,5 %), à Québec (8,7 %) et Sept-Îles (7,7 %).

Est-ce qu’un taux de sanction élevé est révélateur d’une situation difficile dans une prison?

« Pas nécessairement, explique Clément Falardeau relationniste à la direction des communications du ministère de la Sécurité publique. Un même événement peut donner lieu à plusieurs mesures disciplinaires. De plus, certaines mesures disciplinaires peuvent être données pour des manquements de nature administrative comme des problèmes d’assiduité. »

Des chiffres changeants

L’année 2013 semble avoir été difficile à Tanguay. Six sanctions prises alors qu’aucune n’a été prise en 2012 et à peine trois en 2011.

On y trouve un manquement aux règles d’éthique, une négligence dans la sécurité ou la surveillance et un agent a été sanctionné pour avoir dormi au travail.

À Bordeaux, c’est en 2012 que la situation semble avoir été plus tendue avec 29 agents réprimandés, en hausse de 10 cas par rapport à 2011. L’année passée, le chiffre est tombé à 13.

« Leur nombre varie d’une année à l’autre. La sanction dépend du motif. Le stress, la surpopulation carcérale et le nombre d’heures travaillées par les agents augmentent les risques de manquements », souligne le président du syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, Mathieu Lavoie.

« Il n’y a pas de facteurs précis qui explique la fluctuation d’année en année. Celle-ci peut être attribuable à un ensemble de facteurs », souligne pour sa part M. Falardeau.

Dans les établissements correctionnels du quartier, il n y a pas de tendance particulière qui se dessine. Ce sont tous des cas individuels.

La gravité demeure tout autant relative. En 2013, un gardien s’est rendu coupable d’un acte et un autre s’est présenté au travail intoxiqué. Pour ce dernier, on ne sait pas s’il était sous l’effet de l’alcool ou d’une autre substance.

« Le syndicat ne cautionne aucun acte criminel. La sanction doit être à la hauteur de la faute commise. Chaque cas est étudié pour connaître la nature de l’affaire et quelques fois, il y a des facteurs atténuants si ce n’est pas un geste répétitif », souligne M. Lavoie.

Plusieurs mesures ont été mises en place afin de s’assurer que les agents correctionnels soient adéquatement formés pour effectuer leur travail et pour vérifier le casier judiciaire de chaque postulant afin d’éviter qu’une personne avec de mauvaises intentions entre dans les prisons.

Pour le relationniste du ministère de la Sécurité Publique, il faut mettre ces données en perspective « le nombre d’interventions que les agents de services correctionnels ont à réaliser quotidiennement, auprès d’une clientèle difficile, et le fait que le réseau correctionnel opère 24 h sur 24, 365 jours par an », indique-t-il.

« La formation à l’école de police est plus complète depuis 2010. Nous avons aussi fait de nombreuses représentations au gouvernement pour améliorer la sécurité des agents, mais aussi diminuer les altercations physiques avec les détenus. Un agent est maintenant équipé de poivre de Cayenne ce qui diminue l’usage de la force et les risques de fautes du gardien », explique le président du syndicat.

Ce dernier a demandé cette année la mise sur pied d’une nouvelle politique pour uniformiser les sanctions d’un centre de détention à une autre dans la province, une mesure qui manquait depuis les dernières années.

« Les mesures disciplinaires n’étaient pas les mêmes partout. Nous voulions encadrer les directions d’établissement pour uniformiser le tout », conclut-il.

TABLEAUX

Fautes commises les plus inusitées

Faute commise/Sanction

Infractions criminelles/ Suspension de plus de 5 jours

Actes d’agression/ Suspension de plus de 10 jours

Relation personnelle avec une personne incarcérée ou ex-détenue/ Congédiement

Mise en demeure/ Congédiement

Conflit d’intérêts/ Réprimande

Geste incompatible avec sa fonction (substance illicite)/ Congédiement

Infraction criminelle, harcèlement criminel et agression armée/ Congédiement

Falsification de documents/ Suspension de moins de 5 jours

Être en état d’intoxication/ Suspension de moins de 5 jours

 

 

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