Le 12 novembre 2014. Cette date est gravée dans la mémoire de Christine Hamel. C’est le jour où elle a été victime d’un délit de fuite, à la suite duquel elle a subi un grave traumatisme crânien. Depuis, elle s’est fait opérer six fois du cerveau. Elle lève aujourd’hui le voile sur le chemin de croix qu’elle a parcouru pour enfin recouvrer la santé.
«Je me considère comme une miraculée», lâche Christine Hamel, Montréalaise de 57 ans. Dans le salon de sa demeure d’Anjou, elle raconte. Des secousses vives. Une lumière jaune qui s’éloigne. Ce sont ses derniers souvenirs, après qu’un camion ait percuté son véhicule, au croisement du boulevard Galeries d’Anjou et de la rue Jean-Talon. Le conducteur ne s’arrête pas et la laisse sous le choc.
Elle rentre chez elle en étant persuadée que tout va bien. Quelques heures après, Christine sent son corps qui s’engourdit. Quelque chose ne va pas. Finalement, elle se rend à l’hôpital Notre-Dame. Le diagnostic est sans appel: Christine a été frappée par un accident vasculaire cérébral.
«Je souffrais déjà d’une malformation du lobe temporel droit, il fallait m’opérer pour que je ne fasse pas d’hémorragie cérébrale», raconte-t-elle. Mais, Christine en a vu d’autres: «À ce moment-là, je n’avais pas peur, mes amis s’en étonnaient d’ailleurs, ce n’était pas rien ce qu’on allait me faire, c’est vrai. Mais je savais que les médecins étaient là pour m’aider», poursuit-elle.
«Je ne souhaite à personne de traverser ça»
À son réveil, Christine traverse une crise de délirium. Envies suicidaires, pertes de repères et du contrôle de sa vie… «Je ne souhaite à personne de traverser ça, c’était de loin le pire moment de mon existence», se souvient-elle, les larmes aux yeux et la gorge nouée. L’Angevine prend un mouchoir, respire un grand coup et continue son histoire.
Dans les mois qui suivent, Christine subit cinq autres opérations au CHUM pour retirer la grosse masse qui pourrait causer des dommages irréversibles. L’une d’elle dure 10 heures et la marque à vie: une cicatrice d’une vingtaine de centimètre sur le côté droit du crâne. «Lorsque j’ai pu me lever, je me suis regardée dans le miroir. J’avais du mal à me dire que c’était moi. J’avais le visage bleu et le crâne gonflé, je ne ressemblais à rien.» Aujourd’hui, elle préfère se rappeler que sa cicatrice a une forme de fer à cheval, «et il parait que le fer à cheval, ça porte bonheur», lâche-t-elle en dévoilant un sourire discret.
Pardonner
Christine en parle sans pudeur et à cœur ouvert. Très croyante elle reste persuadée que c’est sa défunte mère qui a tiré «les ficelles», qui l’a aidée, «elle était là, quelque part… Vous pouvez penser que je suis folle, mais moi j’y crois. Je pense être une personne combative, mais je ne sais pas d’où j’ai cette force. Je me dis qu’on a tous un instinct de survie plus fort que ce que l’on pourrait croire.»
Sans famille proche, sans conjoint et sans enfants, l’épreuve est d’autant plus compliquée à traverser. Mais, Christine n’a pas d’idées de vengeance, alors que le chauffeur responsable de son accident n’a jamais été retrouvé. «Certes, j’ai perdu ma vision périphérique gauche, mais retrouver le conducteur qui a provoqué mon accident ne me rendra pas cela», relativise-t-elle.
La femme préfère délivrer un message d’espoir: «J’ai foi en la vie, je voudrais dire aux gens qu’ils doivent avoir confiance, accepter leur destinée et ne jamais désespérer, car oui, c’est possible de s’en sortir. Même lorsqu’on est au troisième sous-sol, il faut se battre pour trouver un petit fil et s’y accrocher. Toujours.»
Aujourd’hui, Christine fait partie d’une étude clinique réalisée sur 38 patients et qui concerne les anévrismes et les malformations artério-veineuses.
