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Claire Beaugrand-Champagne à la Galerie Monkland, de l’Asie à Montréal

La photographe Claire Beaugrand-Champagne dans son atelier. Photo: Lila Maitre/Métro Média

Elle est considérée comme la première photographe de presse au Québec. Claire Beaugrand-Champagne présente jusqu’au 10 octobre De l’ombre à la lumière à la Galerie Monkland, située dans le Centre culturel de Notre-Dame-de-Grâce. L’exposition a lieu dans le cadre de la 3e édition des Semaines culturelles vietnamiennes. La photographe expose ses images des camps de réfugiés en Asie du Sud-Est dans les années 1980, de l’immigration d’une famille vietnamienne, ainsi qu’une série intitulée Des gens de Montréal .

«Je suis entrée dans l’univers de la photographie un peu par hasard», avoue Claire Beaugrand-Champagne, installée dans son salon, une tasse de café à la main.

Après avoir abandonné au bout de trois jours une formation universitaire pour enseigner aux enfants de la maternelle, elle s’inscrit à un cursus de photographie au Cégep du Vieux Montréal.

Lors de ses études, la photographe en devenir se dirige vers l’imagerie documentaire et le reportage. Son premier projet photographique, en 1972, est un reportage de groupe dans le village de Disraeli dans les Cantons-de-l’Est, dans le cadre des Perspectives-Jeunesse. Quatre photographes et deux recherchistes vont y rester pendant deux mois, afin de rencontrer et de photographier les habitants.

Le reportage, qui prend des allures de photographie humaniste, a eu un certain retentissement dans la presse. «Il y a eu toute une polémique parce qu’on photographiait les cultivateurs qu’on rencontrait, et les notables de la ville n’ont pas trop aimé ça, disant qu’on avait photographié les poubelles de la ville», se désole Claire Beaugrand-Champagne, tout en ouvrant la porte de sa cuisine pour y faire entrer sa chienne, Dot, âgée de 16 ans.

Par la suite, la photographe continue d’enchaîner les projets, qu’ils soient personnels ou destinés à la presse.

De l’ombre à la lumière

En 1980, Claire Beaugrand-Champagne accompagne sa sœur journaliste, Paule, en Thaïlande et en Malaisie afin de visiter des camps de réfugiés laotiens, cambodgiens et vietnamiens. «Un soir, j’étais chez ma sœur et on regardait les nouvelles, puis on s’est dit pourquoi on ne va pas voir.» Après la guerre du Vietnam, et la détérioration des conditions de vie en Asie du Sud-Est provoquées par l’instabilité politique dans les pays de l’ancienne Indochine française, plusieurs centaines de personnes ont fui leur pays pour la Thaïlande.

Les deux sœurs partent en compagnie du ministre de l’Immigration de l’époque, qui visitait les camps. Là-bas, elles découvrent des familles vivant dans des conditions difficiles, attendant d’être transférées dans un autre pays.

Elles font la rencontre d’une Vietnamienne, Lan, et de sa famille. Lan est une figure que l’on retrouve dans plusieurs photographies de l’exposition, car Claire Beaugrand-Champagne l’a photographiée à plusieurs reprises au fil des années, du camp jusqu’à son arrivée et son intégration au Québec.

Lan avec sa fille et sa belle-mère à Mirabel (1980) – Gracieuseté/Claire Beaugrand-Champagne

Lan est aussi une figure de transition vers le second projet présenté à la Galerie Monkland, Des gens de Montréal. Pour la photographe, inclure ce second corpus dans l’exposition permet de mettre en relation l’intégration de Lan dans la ville, avec les habitants de l’île.

Ilda et Jose Cabral, de la série Des gens de Montréal (2017) – Gracieuseté/Claire Beaugrand-Champagne

La série Des gens de Montréal fait suite au projet Des gens de mon quartier. Elle présente plusieurs portraits, majoritairement en noir et blanc, de Montréalais. Près des photos, un petit texte raconte l’histoire ou une anecdote du ou des sujets de l’image. Cette partie de l’exposition marque les esprits par la diversité des personnes représentées.

Avec les textes qui accompagnent les images, on se plonge, le temps d’un instant, dans un univers intime et émouvant.

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