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Amitiés déchues ou relations solidifiées par la pandémie?

Depuis quelques mois, les Québécois peuvent reprendre les activités sociales en petit groupe tout en respectant les mesures sanitaires. Photo: 123RF

La dernière année et demie a pu mettre à rude épreuve des relations sociales. Certains ont décidé de réduire leur nombre d’amitiés pour ne pas retomber dans le tourbillon du quotidien effréné d’avant la pandémie.

Les amitiés qui se développent avec des interactions quotidiennes comme dans un contexte de travail ou d’équipe sportive auront sans doute eu plus de mal à être entretenues durant la pandémie. «Ces types d’amitié vont tomber plus facilement dans un éloignement parce qu’on n’est pas en train de les alimenter», explique la professeure associée au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Christophe Marle, qui a été très occupé par son travail en marketing numérique chez Métro l’épicier et par sa maîtrise en communication, abonde en ce sens. «Je me suis éloigné de certains amis par la force des choses. En ayant plus l’occasion de se voir, on s’est juste séparé. Ça a coupé une sorte de pont, mais il n’y a pas eu de froid ou de pépins», relate M. Marle.

Il n’est pas trop tard pour renouer des liens, soulève Mme Beaulieu-Pelletier. La psychologue indique que l’on peut dire à une personne que les interactions avec elle nous ont manqué. «Comme on a tous collectivement vécu la même chose, on peut tendre une perche à une personne de laquelle on s’est éloignée, souligne-t-elle. Ça se peut que la personne refuse, parce qu’elle a pris une distance. Il n’y a pas de mal à le proposer, il ne faut pas être honteux de cela.»

Il y a différentes sources potentielles qui ont pu compliquer les dynamiques cette année. Les différentes étapes de la pandémie ont amené des moments de stress et engendré des tensions au sein d’amitiés, que chacun vit différemment. «Si l’on a un ami qui est pour le port du masque et que l’autre a une vision anti-masque, juste cela peut être une source de grande tension», décrit Mme Beaulieu-Pelletier.

C’est un peu ce qu’a vécu Laurence Daoust-Gref avec son meilleur ami. Puisqu’elle trouvait qu’habiter seule devenait ennuyant, elle a décidé d’emménager avec cet ami. Or, ils n’étaient pas sur la même longueur d’onde par rapport aux contacts sociaux.

«On a dû arrêter notre cohabitation parce que je trouvais qu’il me mettait trop en danger», témoigne Mme Daoust-Gref. Elle indique que ce conflit a bien failli lui coûter son amitié. 

Repenser son quotidien 

Il ne faut pas voir le contexte de la crise uniquement de manière négative par rapport aux relations d’amitié. «On a découvert pour certains qui étaient nos véritables amis, et les relations les plus significatives pour nous», mentionne Mme Beaulieu-Pelletier.

Elle explique que dans un grand moment de stress comme la pandémie, on a besoin de soutien social. Cela a pu solidifier des relations auprès d’amis qui ont été à l’écoute et avec qui l’on est passé à travers des moments difficiles ensemble.

Laurence Daoust-Gref indique pour sa part que certains amis sont passés à un statut de connaissance et d’autres amitiés se sont terminées. L’étudiante à la maîtrise en jeux vidéo et animatrice à la zone au Casino de Montréal ne désire pas revenir à son rythme de vie sociale prépandémie.

«Depuis l’an dernier, je ne veux plus provoquer des moments sociaux comme avant, témoigne-t-elle. Avant, dès que j’avais un congé, il fallait absolument que je prévoie quelque chose. Il n’y avait pas une journée où je me permettais d’être toute seule avec moi-même.» Elle indique que la pandémie l’a transformée en ce sens et qu’elle apprécie désormais les moments avec soi-même.

Elle ne serait pas la seule à avoir fait ce constat, indique Mme Beaulieu-Pelletier. Pour plusieurs, le rythme d’avant la pandémie les essoufflait, «mais quand on est dedans, on ne s’en rend pas compte.»

Or, comme les humains sont des êtres sociaux et que l’on a été privé de ce besoin d’être en relation avec les autres, on peut s’attendre à ce qu’il y ait une grande recrudescence des activités sociales.

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