Ahuntsic-Cartierville
08:09 5 novembre 2020 | mise à jour le: 5 novembre 2020 à 08:09 temps de lecture: 4 minutes

Le port du condom chez les jeunes, toujours un défi

Le port du condom chez les jeunes, toujours un défi
Photo: GettyImagesAu Québec, 48% des jeunes utilisent le condom.

Le Québec est la province canadienne dont les jeunes utilisent le moins le condom, un contraceptif efficace notamment pour la prévention des Infections transmises sexuellement (ITS). De multiples raisons peuvent accompagner cette décision, mais ce choix devrait se faire avec une éducation sexuelle de qualité, tant à l’école qu’à la maison, selon une sexologue.

Selon Statistique Canada, l’utilisation du condom chez les 15 à 24 ans était plus élevée en Ontario (67%) qu’au Québec (48%). Aucune différence n’a été observée sur l’utilisation du condom selon l’orientation sexuelle. Or, les ITS sont à la hausse au pays depuis le début des années 2000.

Selon la présidente de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec, Joanie Heppell, il faut normaliser le fait qu’il est possible d’éviter d’attraper une ITS. Bien que plusieurs infections puissent se guérir, les effets émotionnels persistent.

«Lorsqu’une personne est atteinte d’une ITS, souvent elle va ressentir de l’isolement, de la honte, de la colère. Elle peut se sentir coupable et déprimée, et elle peut avoir peur de se remettre en relation», explique Mme Heppell.

Le récent rapport met en lumière que 47% des adolescents et jeunes adultes qui ne portaient pas le condom se sont justifié par le fait d’être dans une relation monogame. À l’adolescence, plusieurs vont avoir une monogamie sérielle, explique la sexologue, c’est-à-dire qu’ils auront un même partenaire sexuel pendant une certaine période, puis un autre partenaire, et ainsi de suite.

Or, la monogamie n’est pas protectrice d’attraper une ITS dans une ancienne relation ou de tomber enceinte s’il n’y a pas d’autre moyen de contraception, précise-t-elle. Dans une monogamie sérielle, il est aussi important de se faire tester entre chaque relation si on ne porte pas le condom.

Environ le quart des jeunes ont aussi mentionné ne pas porter le condom puisqu’ils ne pensaient pas qu’il y avait un risque de contracter une ITS. Le regard des autres et les pressions sociales, particulièrement à l’adolescence, sont d’autres influences d’une non-utilisation du condom.

L’inexpérience à le mettre pour les jeunes hommes et la difficulté à négocier le port du condom pour les jeunes femmes sont d’autres facteurs.

Implication du parent

«L’éducation à la sexualité, c’est un peu confus, à savoir qui doit donner cela. De plus en plus, on clarifie que ce sont les enseignants soutenus par des sexologues qui donnent l’éducation à la sexualité», indique Mme Heppell.

Depuis septembre 2018, les jeunes Québécois doivent recevoir cinq heures de cours d’éducation à la sexualité par année durant le primaire et 15 heures par année au secondaire.

«Une éducation à la sexualité de qualité, qui est constante à travers les années pour les adolescents et les jeunes adultes, va avoir un impact positif sur la réduction des ITS, l’appréhension des grossesses non désirées, le non-jugement envers les diversités sexuelles et les stéréotypes de genre», soutient la sexologue.

Elle plaide que le grand malaise de discuter de sexualité avec son enfant pourrait être amenuiser si les parents prenaient conscience de combien ils sont importants dans l’éducation sexuelle.

«On sait que les parents sont les principaux modèles des enfants et des adolescents en ce qui concerne les comportements sur la réflexion des choix par rapport à la sexualité et aux relations», souligne-t-elle.

Dans les contenus d’éducation à la sexualité, plusieurs enjeux sont discutés avec les jeunes pour qu’ils aient toute l’information possible afin qu’ils prennent le meilleur choix pour eux. Cela devrait inclure un certain dialogue ouvert avec les parents sur certains besoins qu’on peut avoir à l’adolescence.

Histoire

Plusieurs milliers d’années avant Jésus-Christ, les hommes utilisaient des intestins d’animaux pour recouvrir leur sexe afin de prévenir la reproduction. Au 16e siècle, des préservatifs réutilisables en lin étaient utilisés pour contrer une épidémie de syphilis en Europe.

Au 19e siècle, la découverte de la vulcanisation du caoutchouc par Charles Goodyear, un procédé qui rend le caoutchouc plus souple, révolutionne le condom. On voit alors apparaître les compagnies Trojan et Ramses aux États-Unis. Toutefois, l’Église condamne ce moyen contraceptif. Dans les années 1980, le condom devient un élément important des campagnes de santé publique à cause de la crise du sida. On le promeut alors dans les médias et les écoles.

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