Lachine & Dorval
17:02 2 juin 2020 | mise à jour le: 2 juin 2020 à 17:13 temps de lecture: 4 minutes

Coronavirus: les Sœurs de Sainte-Anne lancent un cri du coeur

Coronavirus: les Sœurs de Sainte-Anne lancent un cri du coeur
Photo: ArchivesLa Maison des Sœurs de Sainte-Anne est située sur la rue Provost de Lachine.

Avec plus d’une vingtaine de cas de coronavirus et six résidentes décédés, la Maison des Sœurs Sainte-Anne craint de perdre le contrôle de la situation, notamment en raison d’un manque d’employés. Recevant un traitement équivalent à une résidence privée, peu d’aide lui est fournie par le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île de Montréal.

«Le CIUSSS et le gouvernement centralisent leurs efforts sur les soins de longues durées publics et ceux privés conventionnés. On est pas reconnu là-dedans, alors ça nous occasionne des difficultés au niveau des ressources humaines», explique le directeur général de l’établissement, Jacques Sévigny.

@R:La Maison compte 160 résidentes, dont une centaine sont très âgées et en perte d’autonomie. Du nombre, 20 sont laïques et sont considérés comme des membres d’une résidence privée conventionnée par le ministère. Conséquemment, l’aide à la Maison est au prorata de 20 résidentes et non 160.

«Sur le terrain, il n’y a aucune séparation logique entre elles, ce sont toutes des personnes âgées qui ont besoin de services», déplore Dre Anika Lefebvre, médecin de famille qui travaille chez les Sœurs Sainte-Anne.

Une infirmière a été prêtée à temps partiel par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’Île, ainsi qu’une auxiliaire familiale, qui a passé un total de huit heures sur le terrain. La Maison a été secouée par le départ de certains employés atteints de la COVID-19 ou en congé de maladie, épuisés.

«On travaille sans arrêt, insiste Dre Lefebvre. Je suis là sept jours par semaine, 13 heures par jour. Ça va, mais à un moment donné, j’aurai besoin d’une pause pour ne pas tomber malade.»

Dépistage

Contrairement à d’autres résidences, l’équipe de santé de la Maison de Sainte-Anne n’avait accès à aucun test de dépistage du coronavirus. Lorsque les employés ressentaient des symptômes ou craignent d’avoir contracté le virus, ils devaient se rendre dans une clinique de dépistage à Beaconsfield.

«Plusieurs de nos employés n’ont pas de voiture et ne peuvent covoiturer pour limiter les risques de propagation. On perd alors des employés pour une journée alors qu’on a déjà des problèmes de personnel», explique M. Sévigny.

La situation changera mercredi, alors qu’une équipe de dépistage du CIUSSS évaluera l’ensemble des employés et des résidentes.

La Maison manque également d’équipement de protection individuelle, notamment «de lunettes, de visières, et même de masques au début», déplore M. Sévigny.

À ses yeux, sa résidence fait partie d’un grand nombre de communautés religieuses où habitent des aînés fragilisés, mais n’est pas considérée comme un CHSLD ce qui l’empêche conséquemment d’obtenir un niveau d’aide suffisant.

Contacté par le Messager, le CIUSSS explique par courriel «offrir un soutien similaire à l’ensemble de l’établissement, sans différenciation entre les places de type RPA et celles de la communauté religieuse.»

«Un gestionnaire du CIUSSS leur a été attitré afin de répondre à toute question en lien avec des enjeux vécus dans le contexte de pandémie», ajoute le responsable des communications Guillaume Bérubé.

«Notre équipe a aussi effectué des visites de l’établissement au cours des dernières semaines, ce qui a notamment permis d’évaluer l’état de santé des résidents sur place et de s’assurer que les mesures de prévention et de contrôle des infections étaient appliquées afin de limiter la propagation du virus», enchaine-t-il.

Communauté importante

Le fondateur de la Société d’histoire de Lachine, André Robichaud, se désole de constater le sort réservé aux Sœurs de Sainte-Anne. Elles sont notamment responsables du legs des bâtiments qui sont aujourd’hui les écoles Victor Therrien, du Jardin des Saints-Anges et Philippe-Morin.

«Considérant tout ce qu’elles ont fait, c’est une triste fin qui les attend. Elles en ont beaucoup fait pour l’éducation depuis des décennies», dit-il.

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