Lachine & Dorval
13:59 26 août 2020 | mise à jour le: 26 août 2020 à 22:59 temps de lecture: 5 minutes

Orthophonistes dans l’inconnu

Orthophonistes dans l’inconnu
Photo: ArchivesLa rentrée scolaire se tiendra jeudi le 27 août au Québec.

Beaucoup de problèmes projetés, mais peu de réponses pour les orthophonistes qui ignorent les mesures sanitaires qu’ils auront à respecter d’ici jeudi, jour de rentrée scolaire. Ils espèrent convaincre le ministère de l’Éducation de fournir des masques avec une lucarne transparente à tout le personnel des écoles de la province.

Pour l’instant, aucune instruction précise n’a été fournie, notamment en ce qui a trait à la distanciation. «On aimerait avoir plus d’information sur ce qui pourra être fait en salle individuelle avec les élèves», admet la vice-présidente de l’Association québécoise des orthophonistes et audiologistes, Valérie Giguère.

Avant la pandémie, lors des rencontres avec un élève, il était fréquent que les exercices de lecture, entre autres, soient pratiqués côte à côte.

«De toute façon, plusieurs de nos locaux sont trop petits pour assurer la distanciation physique», souligne l’orthophoniste-conseil pour le Centre de services scolaire de Montréal, Pascale Malenfant.

Par ailleurs, même s’il pallie les risques de contagion, le port masque est inconcevable lors des pratiques des habiletés de communication, puisqu’il est essentiel que l’élève voient les lèvres de leur interlocuteur. C’est ce qu’on appelle la lecture labiale.

«On veut revendiquer que ce que l’on fait va en contradiction avec le port du masque, pousse Mme Malenfant. La compréhension des messages passe par l’auditif, mais aussi par le visuel. On ne s’en rend pas compte, mais la bouche laisse des indices importants.»

Les enfants qui requièrent les services d’orthophonistes composent souvent avec des troubles langagiers ou d’autres importantes vulnérabilités, et doivent donc compter sur un maximum d’indices sensoriels afin de comprendre un message, rappelle-t-elle.

C’est à visage découvert, avec un langage non verbal positif que les intervenants parviennent à créer un lien de confiance avec l’élève. «Le sourire, c’est la première étape pour créer une relation», souligne pour sa part l’orthophoniste à l’école secondaire Chomedey-de-Maisonneuve, Véronique Chantal.

Pratiques revues

Les jeunes aux prises avec des troubles communicatifs sont parfois timides, puisqu’ils s’expriment de manière différente que leurs pairs. En ce sens, le port du masque pourrait miner leurs relations sociales.

«C’est une barrière de plus, convient Mme Chantal. Il va falloir s’assurer que tous nos élèves s’investissent en classe afin de créer un sentiment d’unité, que tout le monde se sente interpellé par les enseignements.»

Les orthophonistes se sont donc donné le mot d’ordre d’offrir des conseils aux enseignants, afin de les pousser à améliorer leur communication non verbale.

«Avec un masque, on ne peut pas justifier le sarcasme par un sourire, rappelle Mme Malenfant. On aura un grand rôle de sensibilisation auprès du personnel, notamment pour leur expliquer l’importance de faire plus de gestes.»

Course contre la montre

Au-delà de la sensibilisation, l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec prône également le port du masque avec une lucarne transparente chez tous les membres du personnel des écoles de la province, des enseignants jusqu’aux employés d’entretien.

Ce type de masque permet de voir la bouche de notre interlocuteur, et donc de pratiquer la lecture sur les lèvres.

«Le développement des jeunes ne se fait pas qu’en classe, il se fait dans les corridors et même à la sortie, lorsqu’ils croisent des brigadiers. Ces interactions les stimulent et leur permettent d’apprendre», soutient le président, Paul-André Gallant.

Ce type de masque ne devrait toutefois pas être imposé aux élèves, puisqu’ils sont plus dispendieux.

En demeurant réaliste, le personnel des écoles ne pourra se procurer ce type d’équipement de protection plus spécialisé, compte tenu du délai très court avant la rentrée, et du nombre restreint de modèles qui sont approuvés par Santé Canada.

«Je pense qu’il faut une patience. Dans notre position, il faut voir comment les choses vont se dérouler et être flexible pour mieux avancer», songe M. Gallant.

Le port du masque lors des déplacements sera obligatoire dans les milieux scolaires pour les élèves à partir de la cinquième année du primaire.

Investissement à prouver

Le gouvernement provincial a annoncé lundi un investissement de 20 M$ dans l’embauche de 350 professionnels dans les écoles. Même s’il se réjouit de cette nouvelle, M. Gallant avoue qu’il ignore combien d’orthophonistes feront partie de cette cohorte.

«Est-ce que ce sera suffisant? Probablement pas, mais malgré tout, on ne peut qu’être content», a commenté le président.

Ces professionnels seront engagés à temps plein pour une période minimale d’un an.

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