Lachine & Dorval

Des muralistes victimes de propos haineux

Maylee Keo travaillant sur une section d’une œuvre du collectif Le Gentil Crew. Photo: Gracieuseté - Olivier Bousquet

Les artistes qui peignent des œuvres d’art sur les murs extérieurs de Montréal ne reçoivent pas que des compliments pour leur travail. Les insultes racistes et sexistes à leur égard de la part des passants font aussi partie de leur quotidien, selon plusieurs membres du collectif Le Gentil Crew.

Ce phénomène affecte particulièrement la muraliste d’origine cambodgienne, Maylee Keo. Insultes, commentaires déplacés, regards insistants sont tous des comportements que l’artiste doit supporter durant de longues heures de création acharnée dans l’espace public.

«Un passant nous a dit ‘‘qu’ils auraient dû choisir une Québécoise parce que ça aurait couté moins cher d’importation’’.»

Maylee Keo

Elle travaille plus régulièrement à la maison, mais apprécie l’occasion de s’éloigner des écrans lorsqu’elle confectionne un projet d’art mural. Cependant, cette atmosphère misogyne et raciste dans laquelle les commentaires désobligeants s’accumulent affecte sa santé mentale.

«Ça me fâche de voir des situations comme ça affecter des muralistes, mes amies, qui s’identifient comme étant des femmes. C’est très difficile de voir et de vivre ce phénomène de harcèlement», déclare-t-elle.

Plusieurs autres artistes du collectif ont reçu des commentaires et insultes à leur égard. Néanmoins, la majorité des attaques verbales et visuelles ont été lancées en direction des artistes féminines.

«Tout le monde reçoit des commentaires, mais c’est largement pire pour les femmes. Parfois, c’est des commentaires, mais souvent c’est des regards déplacés et désagréables», soutient l’un des artistes de groupe, Bosny.

Maylee Keo par Oumayma Ben Tanfous

Le Gentil Crew était de passage dans l’arrondissement de Lachine cet été pour la création du projet d’art mural reliant la rue Notre-Dame à la rue Victoria par un tracé à travers la 6e Avenue.

Entendre des propos haineux est loin d’être spécifique à un endroit. «C’est une expérience qui est généralisée partout où on est», affirme un autre membre du collectif, SBuONe.

«Combattre l’ignorance» 

Le manque d’éducation et l’ignorance des différences ont certainement un rôle à jouer dans cette problématique, selon le collectif.

Maylee Keo se remémore un projet pédagogique avec des enfants où la création murale intégrait un personnage chinois. «Les enfants croyaient que c’était moi simplement parce que le personnage était asiatique. Il y a un grand cheminement à faire pour combattre l’ignorance et expliquer la réalité des artistes et leurs différences», soutient-elle.

La reconnaissance du public envers les artistes féminines diffère souvent de celle à l’endroit de leurs confrères masculins, observe l’artiste.

«Les artistes masculins sont souvent vus comme étant plus méthodiques, intelligents et créatifs, alors que pour nous les gens sont toujours surpris de ce qu’on peut faire», exprime la muraliste.

L’intensité des remarques racistes et sexistes peut varier d’un quartier à l’autre, mais elle est particulièrement élevée dans les secteurs où résident des populations plus défavorisées, selon SBuONe. «On se retrouve souvent à faire du travail social avec des personnes qui finissent par nous insulter. C’est assez épuisant», rapporte-t-il.  

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