Née à Port-au-Prince, Mme Thermitus est arrivée au Québec , plus précisément à Sept-Îles, en 1967. C’est là qu’elle a grandi et fait ses études préuniversitaires. Après des études en droit à l’Université d’Ottawa et l’obtention de son Barreau, elle devient spécialiste des questions de discrimination auprès du Barreau.
Briser les préjugés
Ce n’est pas par hasard que Mme Thermitus s’intéresse aux préjugés et à la discrimination. « Je suis fille d’immigrant, et à Sept-Îles, il n’y avait pas beaucoup de Noirs », raconte Mme Thermitus.
Son enfance sur la Côte-Nord l’a aussi fait côtoyer les Autochtones, très présents dans cette région. L’avocate a d’ailleurs été nommée en 2003 chef de cabinet du sous-ministre du Bureau de la résolution des questions des pensionnats indiens. « Mieux comprendre ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils vivent encore, ça aide à l’empathie, à la compréhension de ce qu’ils sont devenus », explique la femme de caractère.
Mme Thermitus est depuis 1993, avocate de litige au ministère de la Justice au Bureau régional du Québec. Mais sa pratique a toujours été diversifiée : droit civil, commercial, fiscal, faillite et insolvabilité et administratif.
De 2000 à 2003, elle a présidé le Comité consultatif sur les minorités visibles du ministère de la Justice, et a également présidé le Comité sur les communautés culturelles du Barreau du Québec et plusieurs autres comités liés aux enjeux de discrimination et de l’égalité au travail.
Continuer le combat
Malgré les récompenses et certaines avancées juridiques, Mme Thermitus, qui réside aujourd.hui sur le Plateau Mont-Royal, trouve qu’il reste du travail à faire.
« Quand j’étais au cégep et que je suis allée voir une conseillère en orientation, elle m’a dit, malgré mes bonnes notes, que je ne pourrais jamais entrer en droit à l’université ». Pour Mme Thermitus, cela fait état d’un profilage racial, présent non seulement dans la rue, mais aussi dans les écoles. « Il restera toujours du travail à faire pour mieux vivre ensemble, pour mieux se comprendre », affirme Tamara Thermitus.
Première femme noire et première avocate du ministère de la Justice à recevoir le Mérite du Barreau pour l’année 2011, l’avocate cumule les engagements pour contrer la discrimination, notamment dans sa communauté d’origine, où elle siège sur les conseils d’administration de plusieurs organismes. « Je suis vraiment touchée de recevoir un prix, mais je ne veux pas le prendre pour acquis, je veux continuer à avancer et être dans l’action », raconte l’étudiante à la maîtrise en droit du Centre sur les droits de la personne et le pluralisme juridique du l’Université McGill.
«Pour contrer la discrimination, il faudrait d’abord commencer par arrêter de nier son existence», indique Tamara Thermitus.
Gabrielle Brassard-Lecours