Persévérer malgré un handicap visuel

Persévérer malgré un handicap visuel
Photo: Félix Lacerte-GauthierSamy Mian et Dominic Brouillet réussissent à s’entraîner, malgré leur handicap visuel.

Environ cinq fois par semaine, Samy Mian et Dominic Brouillet, deux jeunes de Tétreaultville, se rendent à un gym de l’est de Montréal. Comme tous les autres clients, ils peuvent passer des heures à travailler leurs différents groupes musculaires. Pourtant, leur routine d’entraînement a quelque chose d’unique puisqu’ils sont respectivement aveugle et semi-voyant.

Installé à une machine travaillant les muscles dorsaux, Samy palpe tout d’abord l’appareil. Très vite, ses doigts effleurent la poignée, qu’il saisit d’une main experte. À côté de lui, Dominic ajuste la charge, se fiant aux instructions orales de son complice, avant de la diminuer afin qu’elle corresponde bien à ses capacités.

Les deux amis s’entraînent deux à six fois par semaine. Ils se sont rencontrés au restaurant O.Noir, où ils sont tous deux serveurs-guides. Coïncidence, ils habitent le même immeuble, appartenant à la Fondation des aveugles, qui leur fournit un logement adapté à prix modique.

« J’étais plutôt sédentaire avant, révèle Dominic. En 2016, ma mère m’a encouragé à faire du jogging, et un an plus tard j’ai également commencé le gym. » À l’automne 2018, il s’est inscrit au Éconofitness de la rue Sherbrooke, près de Viau. Très vite, il a pu convaincre son ami de se joindre à lui. « Je faisais beaucoup de sport quand j’étais voyant, ajoute Samy. Quand j’ai eu mon accident, je n’ai plus eu le droit de faire de l’activité physique pendant 3 ou 4 ans. »

La canne de Samy résonne alors qu’il se dirige vers le prochain appareil. « Le plus difficile pour moi est de trouver les machines, affirme-t-il. L’entraînement est quelque chose de très visuel. Pour certains exercices, comme le bench press [développé couché], il faut absolument que j’aie un accompagnateur pour veiller à ma sécurité. » De son côté, Dominic n’hésite pas à demander de l’aide afin de s’assurer d’avoir une bonne posture lorsqu’il effectue ses exercices. D’autant plus qu’il ne peut que difficilement s’observer dans les nombreux miroirs destinés à cet effet.

Perdre la vue
À l’âge de 7 ans, Samy a eu un décollement de rétine qui lui a fait perdre la vue de l’œil gauche. C’est des années plus tard qu’il est devenu totalement aveugle. « En jouant au basketball, j’ai reçu un coup de coude qui a fait un trou dans la rétine, se rappelle Samy. À l’hôpital, les médecins ont essayé de sauver l’œil, ils m’ont opéré 6 fois dans une période d’un an, mais ça n’a pas marché. »

Le deuil a été très difficile à faire pour lui. « Pendant 6 mois, je suis resté enfermé dans ma chambre. Je n’arrivais pas à l’accepter », confie Samy. Après cette longue période, il a graduellement recommencé à vivre et à s’adapter à sa nouvelle situation.

« Je suis né avec des cataractes, qu’on m’a enlevées, explique pour sa part Dominic. Par la suite, j’ai fait du glaucome. Je me suis fait opérer deux fois à l’œil gauche, qui est aujourd’hui complètement aveugle. » De son œil, valide, il ne voit qu’à 30%, le rendant, au niveau légal, semi-voyant.

De nombreux projets
Visant toujours plus haut, Dominic rêve de participer à un marathon Ironman. Il a d’ailleurs commencé à nager avec le club sportif de son école, le Cégep du Vieux-Montréal, afin de s’y préparer, et prévoit suivre des cours pour apprendre à faire du vélo en tandem. « J’aimerais le faire d’ici 3 ou 4 ans, précise-t-il. Il faudra également que je me trouve un partenaire qui pourra m’orienter. »

Grâce à divers outils adaptés, il est également capable de poursuivre son parcours scolaire et étudie présentement en Sciences humaines au Cégep du Vieux-Montréal. Il espère pouvoir se rendre à l’université afin de suivre un cursus en travail social. « Ce qui est parfois difficile est d’aller vers les autres, remarque-t-il. À cause de mon œil atrophié, ils ne comprennent pas toujours la façon dont je les regarde. » Il note toutefois que les enseignants sont très compréhensifs quant à sa situation.

De son côté, Samy s’active au sein d’une équipe de cécifoot, une variante du soccer pour les non-voyants dans laquelle une cloche se retrouve à l’intérieur du ballon. « J’ai joué au soccer lorsque j’étais voyant, se souvient Samy. Plus jeune, je rêvais même de jouer professionnel. Pouvoir retourner à ce sport maintenant est vraiment spécial. »

Mis sur pied en novembre par l’Association des sports pour aveugles du Montréal métropolitain (ASAMM), le sport est encore tout nouveau au Québec, alors qu’il n’y a pas encore d’autres équipes participantes dans la province. « Samy s’implique énormément et il apporte une joie de vivre, partage le directeur sportif de l’ASAMM, Mathieu Rochette. Dans le contexte de notre équipe naissante, c’est beaucoup ! »

« Notre handicap nous motive à persévérer pour prouver qu’on peut réussir, conclut Dominic. Il y a beaucoup de préjugés sur nos limitations, mais aussi faire de grands accomplissements. Ce n’est pas tout le monde, par exemple, qui serait capable de faire un marathon comme j’ai pu le faire. »