Montréal
11:35 2 décembre 2019

Les élues noires font tomber les barrières

Les élues noires font tomber les barrières
Photo: Olivier Faucher /MétroNathalie Pierre-Antoine et Renée-Chantal Belinga

Existe-t-il encore des barrières en politique pour les femmes de couleur? Selon les deux seules femmes noires élues en politique montréalaise, un travail de représentativité reste à faire, mais les Québécois d’aujourd’hui ne votent pas en fonction de la couleur de la peau.

Selon plusieurs médias, des têtes dirigeantes du Parti libéral du Québec seraient d’avis que Dominique Anglade n’est pas assez rassembleuse comme potentielle chef pour faire élire la formation politique. Cette stratégie soulève des questionnements sur l’accès des personnes issues des minorités aux positions de pouvoir au Québec.

À Montréal, sur 103 élus municipaux, Renée-Chantal Belinga et Nathalie Pierre-Antoine, respectivement conseillères d’arrondissement à Montréal-Nord et à Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, sont les seules femmes noires.

Le fait d’être une femme et le fait d’être issue d’une minorité sont des caractéristiques qui comportent chacune leurs enjeux. Mme Pierre-Antoine donne notamment l’exemple de la conciliation travail-famille, qui a limité l’accès à toutes les femmes en politique, peu importe leur ethnicité.

«C’est certain que lorsqu’on ajoute la dimension de diversité, les barrières augmentent», poursuit-elle.

«Les barrières systémiques sont en train de
s’amenuiser.» -Nathalie Pierre-Antoine, conseillère d’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

Une question de volonté politique

Pour les deux élues, ces barrières viennent d’un certain manque de volonté politique pour placer des femmes issues des minorités dans des positions gagnantes. «Les partis connaissent bien la carte électorale et savent que certaines circonscriptions ou districts ont de meilleures chances d’être acquis, fait valoir Mme Belinga. Pour vraiment faire une différence, ils devraient faire en sorte que des candidates issues de la diversité puissent gagner dans ces comtés.»

La question du nombre de femmes de couleur dans des milieux privilégiés par les recruteurs politiques est aussi soulevée. Pour Mme Belinga, plus d’effort doit être fait sur ce plan. «Beaucoup de femmes issues de la diversité [n’ont pas nécessairement] accès aux tribunes où les partis politiques vont chercher les gens.

«Ça peut freiner l’accès aux femmes issues de la diversité», dit-elle.

Les initiatives récentes notamment prises par la Ville de Montréal sont cependant appréciées. «C’est encore long et exigeant, mais on sent que cette volonté-là est de plus en plus grande et incontournable», constate Mme Belinga.

Les Québécois «veulent des idées»

En ce qui concerne la course à la chefferie du PLQ, les deux femmes pensent que la couleur de la peau de Mme Anglade n’est pas et ne sera pas un enjeu.

Mme Pierre-Antoine trouve «triste» que la couleur de peau de Mme Anglade ait soulevé un enjeu qui influencerait sa popularité. «Je pense que les Québécois ne jugeront pas quelqu’un en fonction de la couleur de sa peau, mais de ce que cette personne peut inspirer.»

Mme Belinga constate que «ni le PLQ ni la CAQ n’a auparavant vu en elle une personne qui n’avait pas les atouts». 

Pour elle, la population s’élèvera au-dessus de ce débat. «Il y a peut-être des Québécois qui ont certaines insécurités, mais ce n’est pas la majorité. On doit avoir confiance en la capacité des Québécois de décider», a-t-elle souligné.