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L’accès inégal au Web dénoncé à Montréal-Nord, en pleine pandémie

Photo: Archives Métro Média

Alors que la crise du coronavirus oblige les citoyens à vivre leur vie sociale et économique, voire médicale, sur le Web, des organismes de Montréal-Nord déplorent l’absence d’une borne Wi-Fi universelle dans le quartier nord-est, secteur où l’accès à Internet serait tout sauf égal.

Dans ce coin de l’arrondissement, l’un des quartiers les plus défavorisés de la province, plusieurs résidents n’ont toujours pas accès à une connexion Internet, faute de moyens.

Bien que le problème soit peu documenté, il n’est pas moins réel sur le terrain, affirment des dirigeants d’organismes.

«Il y a un manque d’accès aux outils [numériques] et au réseau Internet pour beaucoup de familles dans le quartier», martèle le cofondateur de l’organisme Hoodstock, Will Prosper.

La fermeture pour une période indéfinie des bibliothèques et de la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord (MCC) amplifie le problème, selon Ousseynou Ndiaye, directeur de l’organisme Un itinéraire pour tous. Ce dernier affirme voir régulièrement des citoyens se rendre à la MCC seulement pour se connecter à Internet.

«Ça rend l’accès à Internet difficile pour ces gens», dit-il, en ajoutant craindre que plusieurs parmi eux n’aient pas accès en ce moment à des renseignements importants en lien avec la pandémie.

Un confinement sans connexion

Résidente du boulevard Rolland depuis 2002, Schirley Di Benga, 59 ans, fait partie de ceux qui n’ont pas le luxe d’être connectés.

«Ce n’est pas par manque d’intérêt, témoigne-t-elle. J’aimerais et je devrais l’avoir comme tout le monde. Après avoir payé mon loyer, mon téléphone, la télé, il me reste 25$ par semaine pour me nourrir et pour le transport. Je n’ai pas les moyens pour l’Internet. Et il n’y a pas juste ça, il faut acheter le matériel aussi. Je n’ai pas d’ordinateur.»

Mme Di Benga se sent particulièrement «isolée» ces jours-ci. Immunosupprimée, elle doit limiter au maximum ses contacts avec autrui.

Pour elle, avoir accès à un réseau social pourrait briser cet isolement.

«J’aimerais parler à d’autres femmes seules qui se parlent. Il y a peut-être un groupe comme ça, mais moi je ne peux pas y aller. C’est sûr qu’il y a des choses que je manque.»

La Nord-Montréalaise exprime même un sentiment de «honte» lorsqu’elle doit expliquer qu’elle n’a pas Internet.

«Il faut toujours que je m’excuse de ça, comme à mon médecin qui récemment voulait faire un Facetime avec moi», explique-t-elle.

«Fracture numérique»

En pleine urgence sanitaire, alors que l’État demande aux parents de faire du télétravail et aux jeunes de poursuivre leur apprentissage en ligne, l’accès inégal au Web exaspère Will Prosper.

«Ce qui est frustrant, c’est que toutes les solutions qu’on voit présentement face à cette crise sont numériques. Que ce soit pour t’informer, étudier, travailler, échanger avec les autres, même pour te nourrir [avec les commandes en ligne]». -Will Prosper, cofondateur de Hoodstock

Cette «fracture numérique» est criante actuellement, mais n’est pas nouvelle.

En 2018, Québec avait octroyé 30 000$ à Hoodstock  pour un projet destiné aux jeunes du secondaire de visant à «contrer l’exclusion numérique».

Mais pour Will Prosper et d’autres dirigeants d’organismes, s’attaquer au problème passe impérativement par l’installation d’une borne WI-FI universelle pour que le quartier au complet puisse se connecter. Ce projet, proposé il y a plusieurs années, s’est toutefois buté à plusieurs obstacles, dont financier, et tarde toujours à se réaliser.

Cette question «aurait dû être réglée depuis longtemps», martèle Marie Simard, chargée de mobilisation à l’organisme Parole d’excluEs

«Ça fait partie des inégalités sociales, croit-elle. [L’accès à Internet] n’est pas essentiel à la survie, mais il est essentiel à la santé mentale».

Confinée à la maison, une personne peut maintenir une relation avec le monde extérieur grâce au Web. C’est précisément cet effet d’isolement engendré par l’absence de connexion Internet qui préoccupe le plus Ousseynou Ndiaye. Quotidiennement, son organisme remarque des signes de détresse lorsqu’il contacte des citoyens par téléphone.

«Les gens ne veulent pas raccrocher parce qu’ils veulent parler avec quelqu’un, rapporte-t-il. Le fait de se retrouver du jour au lendemain entre quatre murs, coupé du monde, c’est quelque chose d’extrêmement difficile».

M. Ndiaye, demande qu’une solution soit rapidement trouvée pour régler le problème.

«On est embarqué dans quelque chose dont on ne connait pas la fin. Plus les gens sont déconnectés, plus les problématiques risquent d’arriver.» -Ousseynou Ndiaye, directeur d’Un itinéraire pour tous

Élus à la recherche de solutions

La conseillère d’arrondissement indépendante Renée-Chantal Belinga, qui représente les citoyens du secteur, trouve le moment opportun pour trouver des solutions à moyen terme.

«La situation économique actuelle fait qu’il y a des besoins de base à combler avant de pouvoir payer Internet, souligne-t-elle. Je trouve que l’idée d’une borne universelle est excessivement intéressante. C’est évident que la crise démontre que la fracture numérique isole encore plus des familles et des jeunes.»

De son côté la députée de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille, s’engage à se pencher sur le problème.

«C’est un problème, admet-elle. On est dans un monde qui dépend énormément de l’Internet pour l’information, les services, etc.  Je suis prête à trouver des pistes de solutions pour voir comment on pourrait aider la municipalité et avancer l’idée à Québec pour compenser cet accès perdu au Wi-Fi dans les espaces publics».

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