Ouest-de-l’Île

Violence envers les femmes: quand le nom de l’accusé décomplexe une parole raciste

Photo: 123rf -thevisualsyouneed

Un crime dont l’auteur a un nom associé aux minorités ethniques ravive souvent les polémiques autour de l’immigration et des différences culturelles des immigrants, comme en témoigne le récent cas de tentative d’enlèvement de la jeune Zahraa Jaafar par trois hommes — dont deux seraient ses frères, le 26 juillet.

L’adolescente de 16 ans travaillait dans un restaurant à Kirkland au moment du crime. Une Alerte Amber a été émise le lendemain vers 6 h. Elle s’est terminée lorsque la victime s’est présentée à un poste de police de Pierrefonds-Roxboro.

Une publication sur un groupe citoyen de l’Ouest-de-l’Île a été supprimée, alors qu’il partageait un article de presse sur l’affaire. Sa section commentaire a vu de vives réactions.

Certaines stipulaient qu’il s’agirait d’un crime d’honneur propres aux immigrants. Un autre fil de discussion portait sur les origines de la victime et des accusés. Des critiques à l’égard d’un système d’immigration permettant à des «sauvages» de venir au Canada ont aussi été formulées.

Des commentaires similaires se retrouvent sous un message Twitter du Service de police de la Ville de Montréal annonçant que la fille était saine et sauve.

Racisme

Membre de l’Institut national de la recherche scientifique, Denise Helly a mené des études sur l’immigration et le pluralisme culturel. La chercheuse, qui s’intéresse aux biais idéologiques envers les personnes étrangères, estime que ce genre de réactions relèvent du racisme.

«Traiter les cas de violence impliquant les personnes de minorités visibles comme un problème de différence culturelle, pour moi, c’est du racisme», argumente la professeure. Mme Helly souligne que les crimes envers les femmes constituent une réalité présente à l’échelle mondiale et se présentent sous différentes formes.

«Je suis en train de lire des textes d’un groupe d’extrême droite canadien-anglais… c’est le discours le plus misogyne que j’ai entendu de ma vie!»

Denise Helly

Le regard change selon l’identité perçue du criminel et de la victime. «Prenons les statistiques du nombre de conjointes tuées par leurs partenaires. Est-ce qu’on parle d’une particularité culturelle québécoise?», illustre-t-elle.

«La violence envers les femmes existe au Québec et au Canada. Elle n’est pas de petite dimension.»

Denise Helly

Le cas de l’attaque à Nice en France, en 2016, est révélateur de cette dynamique d’association entre crime et immigrants. Un chauffeur de camion a fait plusieurs victimes à l’aide de son véhicule-bélier. Le meurtrier a été qualifié comme Niçois d’origine tunisienne. «On stipulait initialement qu’il était un musulman croyant, ce qui s’est révélé être faux à travers l’enquête policière», relate Mme Helly.

Chambre d’écho pour la parole raciste

Quels risques représentent les paroles haineuses en ligne contre les immigrants? Difficile de l’évaluer. Les chercheurs en psychologie ne parviennent pas à prédire quand une parole raciste en ligne se traduira en acte de violence hors du monde virtuel.

La place de l’Internet reste ambiguë quant à son influence sur les crimes haineux. On constate que les auteurs côtoient fréquemment des groupes radicaux sur les réseaux sociaux, précise Denise Helly. Mais un lien de cause à effet ne peut être conclu.

Sur Internet, la quantité d’échanges est disproportionnellement plus élevée que le nombre de crimes commis. La parole raciste devient plus facile sur les plateformes numériques. «On se rassemble entre semblables. Cela permet de se sentir légitime en faisant partie d’un courant d’opinion», explique la professeure.

D’autant plus que les algorithmes relie la personne à du contenu selon des recherches et des usages antérieurs. En entrant par une voie, l’internaute est susceptible de consulter des groupes et propos progressivement plus radicaux qu’au point de départ.

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