Une dizaine de minutes après s’être installée avec son petit garçon, la députée néo-démocrate et un de ses collègues ont entendu de nombreux coups de feu. «Ça semblait venir de tous les côtés, a partagé Mme Blanchette-Lamothe. Les coups de feu étaient à 15 mètres d’où on était. Je me suis précipitée avec mon bébé dans la cabine téléphonique présente dans la salle où nous étions. Je me suis assise par terre et on a attendu. Je me suis concentrée sur mon bébé. Je l’ai nourri en me disant j’espère qu’il ne pleurera pas. Je ne voyais rien. Je ne suis même pas allée regarder par la fenêtre.»
Quelques minutes plus tard, la députée a été escortée dans un endroit plus sécuritaire après la visite d’un agent venu s’informer s’il y avait quelqu’un dans la pièce. Elle était alors seule avec son poupon. «Je ne pouvais pas paniquer et transmettre ça à mon bébé. Il a été un vrai petit ange. Il a but et il a dormi. Il a fait des beaux sourires toute la journée. J’ai été vraiment chanceuse.»
Confinée au sous-sol, sans accès à l’internet, l’élue avait très peu de renseignements sur ce qui se passait. «C’était surréaliste». Pendant un bon nombre d’heures, elle a aussi été isolée dans une salle avec 150 personnes, dont des touristes, des députés et du personnel du Parlement.
Mme Blanchette-Lamothe, comme tous les députés, a été confinée dans le Parlement pendant près de 12 heures. C’est seulement vers 21h30 qu’elle a pu retourner chez elle et retrouver son conjoint.
Qu’est-ce que cet événement veut dire pour la démocratie? «Il y a beaucoup de questions et très peu de réponses. Tout ça va s’éclaircir dans les prochains jours. C’est encore difficile de tirer des conclusions. C’est dramatique. C’est épouvantable, mais il faut continuer de faire notre travail, qu’on reste la tête haute et qu’on ne se laisse pas intimider. C’est pour ça que j’étais au Parlement avec mon bébé dès le lendemain de la fusillade.»
Comment cet événement changera votre quotidien? «Le Parlement n’est pas ouvert au public. On ne sait pas si ça demeurera fermé à long terme.»
«Les agents de sécurité ont vraiment été exceptionnels. Il est important de souligner le travail de ces employés du Parlement, de la Gendarmerie royale du Canada et du service de police. Ils ont été soumis à des conditions de stress intense. C’est triste et en même temps, on est content d’être tous là.»
Mme Blanchette-Lamothe a vécu moins d’angoisse que sa collègue de Beauharnois-Salaberry, Anne Minh-Thu Quach. Sa fille de trois mois, qu’elle allaite, se trouvait avec son père dans un autre endroit du parlement pendant le confinement.
Les deux petites familles en seront quittes pour un mauvais souvenir.