Mercier & Anjou
10:47 21 février 2020 | mise à jour le: 21 février 2020 à 14:17 temps de lecture: 4 minutes

Le cri du cœur d’une enseignante

Le cri du cœur d’une enseignante
Photo: Photo : Elena Broch/Avenir de l'EstAnne Provencher, enseignante en français depuis 17 ans à l’école secondaire d’Anjou, tient en main son Manifeste des enseignants et des enseignantes du Québec, signé par presque 7000 personnes.

Une enseignante de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île lance un cri du cœur à travers son Manifeste des enseignants et des enseignantes du Québec. Signé par presque 7000 personnes à travers la province, c’est une manière d’interpeller le gouvernement Legault sur les conditions de travail des enseignants. Cela même alors que la loi 40 a été adoptée sous le bâillon et que le monde de l’enseignement se soulève.

Anne Provencher est enseignante en français depuis 17 ans à l’école secondaire d’Anjou. Même si elle garde l’éducation des jeunes tatouée au cœur, avec le temps, elle a vu ses conditions de travail et les services d’apprentissage pour les élèves se dégrader.

Tout a commencé à la rentrée 2018-2019. «Chaque année, on doit aller voir la direction avec une feuille de tâches [qui définit le temps alloué à tout ce qu’elle doit faire en tant qu’enseignante]. Et en 17 ans, la profession a beaucoup changé, mais la feuille de tâche est restée la même, alors elle déborde et le reste tu le feras sur ton temps», remarque Anne Provencher.

Sauf que cette année-là, l’enseignante avait «un groupe de sept dyslexiques et dysorthographiques» et pas question pour sa feuille de tâches de s’adapter au temps requis par ces élèves en difficulté. «On m’a répondu, ce temps, il est élastique… C’est comme si un élastique en moi qui avait éclaté !»

«Un sentiment d’insatisfaction intense»

«J’étais en colère, je me suis demandé, que faire avec cette colère-là ?», se souvient-elle. Car «chialer», ce n’est pas le style d’Anne Provencher, elle a décidé avec ses collègues d’aller chercher des témoignages d’enseignants pour mettre en lumière leurs difficultés au quotidien. Le manifeste des enseignants et des enseignantes du Québec est né «pour faire quelque chose de constructif».

« C’est un sentiment d’insatisfaction intense qui en est ressorti de ces témoignages», révèle Anne Provencher. Mais aussi un manque cruel de services performants pour les élèves en difficultés et des heures faites gratuitement. «On s’est dit que plutôt que de vouloir des choses, on allait les exiger, car ce qu’on demande, c’est nécessaire pour la qualité de notre enseignement.»

Dès son lancement officiel en mars 2019, ce manifeste a fait tache d’encre. En moins de trois semaines il a recueilli 4700 signatures d’enseignants et de citoyens. Le 20 février, à l’heure où nous écrivons ces lignes, presque 7000 personnes l’ont signé.

Un sentiment d’insatisfaction de l’offre éducative et des conditions de travail partagé par le Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île. Sylvie Zielonka, vice-présidente, affirme soutenir ce manifeste, même s’il n’a pas de portée syndicale. Elle remarque avec amertume que ces difficultés poussent de nombreux enseignants à quitter la profession, car trop de pression pèse sur eux.

Une étude, menée par la Fédération autonome des enseignants (FAE) en 2016-2017 auprès du personnel enseignant d’une école secondaire, révèle que près de 43% des enseignantes et enseignants, qui sont en arrêt de travail depuis plus de deux ans, le sont à cause d’une maladie à caractère psychologique.

Cette fédération considère que le travail des enseignants a des répercussions directes sur leur santé : stress, détresse psychologique, fatigue chronique… Le tout poussant à un absentéisme voire à un décrochage professionnel.

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