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Cerfs et humains : une cohabitation difficile à Pointe-aux-Trembles

Velandia Samantha - TC Media
Si la présence des chevreuils a toujours eu un petit côté bucolique à Pointe-aux-Trembles, cette année, les résidents du quartier semblent particulièrement exaspérés à l’idée de devoir partager leur terrain avec les bêtes qui se sont multipliées au cours des dernières années.

« Au début nous trouvions ça beau, mais maintenant c’est insupportable, signale Georges Vaillant, résident de la 52e Avenue. Cette semaine, il y en avait plus que d’habitude, j’ai réussi à en compter une quinzaine dans une seule soirée. »

Il indique que les chevreuils « envahissent » son terrain depuis plusieurs années et que la situation empire avec le temps.

« Nous avions une très belle cour ici, mais ils ont tout détruit. Ils se sont attaqués à des arbres qu’ils ne touchent jamais normalement. Nous avons tout essayé pour protéger nos plantes, mais ils mangent tout. Ma femme ne peut plus avoir un jardin l’été. Nous sommes obligés de louer un terrain dans un jardin communautaire si nous voulons avoir un potager », révèle le résident vraisemblablement découragé.

Certaines espèces de plantes sont en péril en raison de l’impact du piétinement et du broutage intensif des cerfs. Ils raffolent surtout des plantes herbacées et des ramilles de 50 cm à 2 mètres comme les haies de cèdre.

M. Vaillant raconte qu’à deux reprises les autorités ont dû abattre des animaux sur son terrain. Un mauvais souvenir.

« Une fois ça a été la police et l’autre, des agents de protection de la faune. Je les avais appelés parce qu’il y avait des petits chevreuils malades qui ne pouvaient plus marcher. Ils m’ont demandé de m’éloigner des fenêtres. J’ai entendu trois coups de feu et c’était fini. Ils sont revenus les mains vides en me disant qu’ils avaient laissé les corps à la limite de mon terrain, près de la voie ferrée. »

Une situation que déplore Suzanne Guérette, résidente à la coopérative Les Clairières du centre Mainbourg.

« Ils viennent ici car ils savent qu’il y a de la nourriture. Les gens laissent toute sorte d’aliments près des fenêtres pour les attirer. J’ai déjà vu des prunes, des pêches, des carottes, des courgettes et même de la nourriture qu’ils ne sont pas censés manger comme des restants et des bonbons. Il y aurait même des rumeurs selon lesquelles les pompiers de la caserne 38 leur laissent de la bouffe en permanence. »

Elle signale que malgré les pancartes interdisant de nourrir les bêtes, les citoyens font la sourde oreille et se promènent avec des sacs de pommes à la recherche des animaux.

« Le soir, il y a des voitures qui passent à toute vitesse. Il y a déjà eu des accidents, ce n’est pas marqué nulle part qu’il y a des chevreuils dans le coin, dit-elle. Les cerfs n’ont plus peur des humains. Je pourrais leur mettre une laisse et me promener avec comme si c’était des chiens. »

Une déclaration que confirme Éric Jaccard, biologiste au ministère des Ressources naturelles.

« Les cerfs sont une espèce très opportuniste qui peut facilement adapter son mode de vie à la présence humaine, contrairement à d’autres espèces qui réagissent plutôt mal. Tout le monde aime les observer, mais en voulant bien faire, certaines personnes leur causent plus de tort. C’est malheureux que les gens les nourrissent parce que cela peut leur occasionner beaucoup de problèmes. Dans certains cas, il leur faudra plus d’énergie pour digérer la nourriture que les gens leur donnent que l’apport d’énergie qu’ils recevront. De plus, cela peut créer une dépendance, les rendre fidèles à un site et leur faire perdre leurs comportements naturels de survie », explique-t-il.

L’arrondissement, au courant de la situation

« Nous avons déjà reçu environ une dizaine de plaintes formelles sans compter celles que les citoyens font verbalement lorsque je les croise, explique Richard Guay, conseiller de la ville dans le district de la Pointe-aux-Prairies. Les chevreuils proviennent pour la plupart du parc des Îles-de-Boucherville. L’hiver, quand ils commencent à manquer de nourriture, ils traversent les glaces du fleuve pour venir à Pointe-aux-Trembles où ils trouvent ce qu’ils cherchent. »

Le conseiller signale qu’il y a eu également des accidents de la route reliés aux chevreuils qui sont souvent proches des artères comme la rue Sherbrooke ou le boulevard du Tricentenaire.

« Nous sommes chanceux car jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu d’accident mortel ou grave, mais nous n’allons pas attendre que ça arrive avant d’agir », soutient le conseiller.

Selon M. Jaccard, Montréal n’est pas la seule ville aux prises avec des problèmes de chevreuils. Longueuil, Boucherville et Brossard étudient également les populations de façon préventive.

 

Avec la collaboration de Simon Bousquet

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