Pointe-aux-Trembles & Montréal-Est
12:59 16 décembre 2014 | mise à jour le: 17 décembre 2014 à 11:20 temps de lecture: 5 minutes

De Montreal-East à Montréal-Est

De Montreal-East à Montréal-Est
Photo: Samantha Velandia – TC Media

Il fut un temps, plus spécifiquement vers la fin des années 40, où les maisons de Montréal-Est étaient principalement habitées par des familles anglophones. Les Smith, les Burns, les Buchanan, les Lawrence, les McNeil, les Orrell, les Pugh, les Bainbridge sont parmi les grandes familles qui ont marqué l’histoire de la ville et qui, aujourd’hui, ont presque toutes déserté la municipalité.

C’est dans les années qui ont suivi la fin de la Deuxième Guerre mondiale, qu’il y a eu le plus d’anglophones à Montréal-Est. Il est estimé que près de 75% de la population était alors d’origine anglaise.

«Le gouvernement avait construit beaucoup de maisons, explique Douglas Lawrence, résident de la ville, et ancien combattant de la Guerre de Corée. Le fameux programme gouvernemental, wartime housing, avait permis à beaucoup de vétérans de s’installer dans le secteur.»

C’est d’ailleurs grâce à ce programme que Jim Orrell, aujourd’hui reconnu pour son engagement auprès de la communauté, avait pu s’installer avec sa famille à son arrivée de la Grande-Bretagne, en 1946.

«Il y avait beaucoup de familles anglophones à l’époque, se souvient M. Orrell. Nous étions certainement une majorité, mais tout le monde était bilingue alors c’était une très belle communauté.»

Selon M. Lawrence, la plupart des familles qui habitaient la municipalité, travaillaient dans les raffineries du secteur.

«C’était généralement des familles bourgeoises, haut placées dans ces compagnies qui sont venues pour le travail», dit-il.

À l’époque, deux écoles primaires et une école secondaire anglophones accueillaient les enfants des familles qui demeuraient à Montréal-Est.

«Il y avait une école primaire sur la rue Saint-Cyr, une sur la 19e Avenue et une autre sur la 6e Avenue, à l’angle de la rue de la Gauchetière, explique M. Orrell. Maintenant, il n’y en a plus du tout, ça démontre à quel point la population de la ville a changé.»

L’exode des familles anglophones
Selon M. Lawrence, l’exode des familles anglophones vers l’ouest du Canada a commencé dans les années 60.

«Il y a plusieurs facteurs qui ont fait en sorte que les familles ont quitté, entre autres, le climat politique qui se prévalait à cette époque, se souvient-il. Il y avait des mouvements séparatistes à travers la province. Ils intimidaient les familles anglophones et il y avait même eu des bombes artisanales dans les boîtes à lettres. Alors, ceux qui ont eu peur, sont partis.»

Il indique que l’arrivée de la Loi 101 a eu le même effet.

«Les gens ont senti qu’ils n’étaient pas les bienvenus, alors ils sont partis se réfugier dans l’Ouest», dit-il.

M. Lawrence raconte que la ville de Red Deer en Alberta, a accueilli la plupart des familles qui ont quitté le Québec, vers la fin des années 70.

«J’y suis allé, une fois en 2007, pour une célébration, et j’ai reconnu au moins une quarantaine de personnes qui habitaient avant à Montréal-Est. C’était tout un choc», dit M. Lawrence.

La fermeture des raffineries L’Impériale (Esso), en 1985 et de Shell, en 2003, a aussi contribué au départ des familles anglophones de l’est de Montréal.

«Quand L’Impériale a fermé, ils ont transféré la famille Smith à Sarnia en Ontario. Nous n’avons plus jamais entendu parler d’eux, dit M. Orrell. Quelques familles reviennent lors d’événements spéciaux tels que des funérailles, mais après, ça ils partent. Ils ne se sentent plus chez eux.»

Se faire servir en anglais, possible à Montréal-Est
Si auparavant 75% de la population de Montréal-Est était anglophone, aujourd’hui on peut compter les familles qui restent sur les doigts d’une main.

«Il y a peut-être quatre ou cinq familles un peu éparpillées sur le territoire, indique M. Lawrence. Ces familles se font de plus en plus rares et il n’y en a pas des nouvelles qui arrivent, car la plupart des anglophones préfèrent vivre dans l’ouest de l’île.»

Il explique cela par le peu de services offerts en anglais dans l’est de Montréal.

«Je suis bilingue, ça ne me dérange pas, mais je ne peux jamais me faire servir en anglais. C’est très rare de nos jours, surtout à Pointe-aux-Trembles ou à Montréal-Est.»

Le conseiller municipal John Judd, dont la langue maternelle est l’anglais, indique qu’il est toujours possible de servir les citoyens de Montréal-Est en anglais au besoin à la ville.

«Au niveau de la documentation officielle, ce n’est pas possible, mais s’il y a des citoyens qui ont des questions ou des suggestions à nous faire, nous pouvons les servir en anglais. Le maire Robert Coutu et moi-même sommes tous les deux bilingues, alors il y a toujours moyen d’avoir un service personnalisé.»

Les anglophones de Montréal-Est en chiffres
Nombre de personnes anglophones en 1971: 780

Nombre de personnes anglophones en 1991: 330

Nombre de personnes anglophones en 2011: 125

Nombre de personnes bilingues en 2011: 1300

Source: Statistique Canada

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