Mercier & Anjou
14:04 4 octobre 2019

Commissions scolaires : Une réforme inutile, plaide le président de la CSPI

Commissions scolaires : Une réforme inutile, plaide le président de la CSPI
Photo: Elena Broch

Un rebrassage inutile des structures administratives. C’est l’opinion partagée par le président et les syndicats des enseignants et des employés de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI) sur le projet de loi 40 qui abolirait les élections scolaires, déposé mardi à l’Assemblée nationale par le gouvernement Legault.

Selon eux, le ministre de l’Éducation se trompe de cible en proposant une réforme qui s’attaque aux structures administratives plutôt qu’au manque de ressources financières et immobilières.

« À mon avis on est en train de passer à côté des vrais enjeux importants », affirme Stéphane Soumis, président du Syndicat du soutien en éducation de la Pointe-de-l’Île (SSÉPI), ajoutant que la réforme ne viendra pas régler les problèmes actuels de surcharge ou de manque de personnel.

Avis partagé par le président du Syndicat des enseignants de la Pointe-de-l’Île (SEPI), Serafino Frabrizi, qui s’interroge sur la nécessité d’un changement de structure, alors qu’il y a un besoin criant de locaux dans l’est de Montréal.

Le gouvernement promet néanmoins que 160 orthopédagogues, psychologues, travailleurs sociaux et des éducateurs spécialisés « de plus vont donner des services au quotidien à des élèves », grâce aux 45M$ économisés avec la réforme.

Plus de pouvoir aux écoles…

Le ministre Jean-François Roberge estime que son projet donnera plus de pouvoir aux directions d’écoles afin de répondre directement aux besoins des étudiants. Il souligne aussi l’importance de dépolitiser la gestion des écoles en se débarrassant des élections.

Miville Boudreault, élu président de la CSPI, a un poste à perdre si le projet de loi est adopté, mais il insiste, c’est « l’ensemble de la communauté de la CSPI » qui perdra au change.

« L’élimination d’un palier démocratique […] n’apporte rien de concret aux élèves. »

-Miville Boudreault, président de la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île

La structure administrative proposée par le gouvernement est elle aussi source d’inquiétudes. Au lieu d’un conseil de commissaires, ce serait un conseil d’administration constitué de huit parents, quatre membres de la communauté et quatre représentants scolaires, non rémunérés.

Si Stéphane Soumis est heureux de voir que le personnel de soutien n’a pas été oublié dans ce schéma, M. Fabrizi indique de son côté que les enseignants n’ont jamais souhaité gérer des établissements. « Ce qu’on veut, c’est une très grande autonomie pédagogique pour aider nos élèves », ajoute-t-il.

Ce nouveau conseil d’administration devrait également élire un directeur général. Cela pourrait mener à des dysfonctionnements, selon le représentant syndical du personnel de soutien, car des responsabilités seraient alors confiées « à des gens pas forcément aptes à diriger ». Il soutient qu’une forme de concurrence pourrait naître entre les écoles qui pourraient se développer comme elles le souhaitent.

Centralisation

La centralisation des pouvoirs au sein du ministère génère aussi des craintes. Le président du SÉPI souligne que la structure actuelle montre déjà des disparités au sein des territoires couverts par la CSPI.

Boudreault ajoute que « le ministre ne peut pas savoir tout ce qui se passe et ne tient pas forcément compte des réalités que l’on vit ici ».

Les élus scolaires de l’île de Montréal doivent se rencontrer prochainement pour voir s’il y a lieu de « dégager une position commune », affirme le président de la CSPI.

Pour l’instant, les syndicats espèrent voir une transition harmonieuse pendant ces futurs changements.

Si le projet est adopté, les commissions scolaires seront abolies le 29 février 2020.

Bientôt abolie ? La CSPI en cinq chiffres

5

C’est le nombre de commissions scolaires dans la région de Montréal. Dans l’est de la ville, les écoles sont gérées par la Commission scolaire de la Pointe de l’Île (CSPÎ). Elle couvre quelque 93 km², de la ville de Montréal-Est en passant par les arrondissements de Rivière-des-Prairies – Pointe-aux-Trembles, Saint-Léonard, Anjou et Montréal-Nord.

Elle est responsable de l’encadrement des enseignants, de la gestion des employés, des services éducatifs et perçoit les taxes scolaires. La commission est aussi en charge de l’organisation des transports scolaires ainsi que des rénovations des bâtiments.

63

C’est le nombre d’établissements gérés par la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île. Soit 40 écoles primaires, sept écoles secondaires, quatre écoles spécialisées (du primaire et du secondaire) pour des élèves présentant des troubles sévères d’adaptation, dix centres d’éducation des adultes (formation générale ou professionnelle), un centre de services aux entreprises et le Centre régional de formation à distance du Grand-Montréal.

205 411

C’est en dollars l’enveloppe globale annuelle maximale allouée à la rémunération des membres du conseil des commissaires, au comité exécutif et aux membres d’autres instances (comité de vérification, des transports scolaires etc.). Ce montant est fixé par décret du gouvernement.

La CSPÎ compte 13 commissaires, plus le président de la CSPÎ, la vice-présidente au conseil des commissaires et le vice-président du comité exécutif.

Le commissaire doit par exemple décider de la tarification des transports scolaires, définir les orientations des projets sociaux contre le décrochage scolaire, décider de l’offre de cours durant l’été et de son tarif, répartir équitablement les ressources humaines, financières et matérielles entre les écoles et les centres de formation etc.

4,85

C’est le taux de participation aux élections scolaires de 2014. Une abstention monstre pointée du doigt par le gouvernement qui juge que la participation qui n’est pas à la hauteur de l’argent dépensé (20 M$ pour tout le Québec) pour l’organisation de cette élection. Les prochaines élections scolaires étaient prévues pour 2020.

370

C’est en millions de dollars le budget alloué à la CSPÎ cette année. De l’argent qui a servi entre autres à venir en aide à 43 600 élèves (préscolaire, primaire, secondaire, formation) et à organiser le travail de 7300 employés en 2017-2018.

En collaboration avec Elena Broch