Rosemont
05:00 15 décembre 2020 | mise à jour le: 15 décembre 2020 à 07:34 Temps de lecture: 4 minutes

Logement: nouvelle fronde contre les évictions abusives à Montréal

Logement: nouvelle fronde contre les évictions abusives à Montréal
Photo: Courtoisie - Comité d’actions des citoyens de Verdun

Plusieurs groupes voués au droit au logement ont lancé, lundi, une nouvelle offensive contre les évictions abusives de locataires, en hausse malgré la pandémie. Dans les arrondissements de Rosemont-La Petite-Patrie et Verdun, on dénonce différents types de fraude de la part de certains propriétaires.

Le Regroupement des comités logements et associations de locataires du Québec (RCLALQ) publiait lundi ses statistiques sur les évictions. On apprend notamment que les locataires dont le propriétaire souhaite les expulser sont passés de 305 en 2019 à 597 en 2020.

«J’ai été chassée de mon logement par un propriétaire avide de profits», témoigne Mélanie G., qui a perdu son six et demie qu’elle habitait depuis 10 ans.

Son propriétaire, qui était censé l’habiter, n’y a jamais emménagé, fait savoir dans un communiqué le Comité d’actions des citoyens de Verdun (CACV). Il a revendu le logement quelques mois après le départ de la locataire, indique le comité. Mélanie G. paye maintenant presque le double du loyer pour son nouveau logement et a recours aux banques alimentaires pour nourrir sa famille.

Une bannière accrochée à son ancien logement de la rue Hickson, vide, dénonce la situation. L’affiche a été installée avec l’appui du CACV et du groupe citoyens Verdun Ensemble Contre la Gentrification.

Tripler le prix du bail

Un autre exemple d’éviction s’est déroulé sur la rue Rielle, où cinq locataires se sont fait «réno-évincer» l’été dernier. Les logements (3 ½) sont passés d’environ 550$ à 1500$, a constaté le CACV il y a quelques semaines en voyant la location sur l’internet.

Or, il est illégal de tripler le loyer entre deux locataires. C’est la responsabilité du locataire de se rendre au Tribunal administratif du logement (anciennement la Régie) pour prouver que la hausse n’est pas légale.

«Les locataires qui vont louer dans l’immeuble de la rue Rielle, […] ils n’ont aucune manière de retracer qui était là avant et d’avoir une copie de leur bail pour aller à la Régie et prouver que le loyer a été triplé», explique Annie Lapalme, membre du CACV.

Récemment, Verdun a été qualifié du 11e quartier le plus «cool» au monde par le magazine Time Out. Un embellissement qui contribue à donner de la valeur à l’immobilier selon Mme Lapalme.

85% d’évictions frauduleuses

Plus à l’est, le Comité de logement de la Petite-Patrie a tenté de chiffrer l’ampleur du problème des évictions abusives. Résultat: sur les 363 cas étudiés entre 2015 et 2020, 85% seraient frauduleux.

«La Petite-Patrie est une cible privilégiée des spéculateurs immobiliers. Les travaux ou les projets de logements annoncés ne sont vraiment réalisés que dans 15% des cas. Le reste du temps, ils sont juste un prétexte pour évincer les locataires et faire du profit en revendant ou en louant beaucoup plus cher», explique ainsi Martin Blanchard, responsable du Comité de logement de la Petite-Patrie

Les données sont diffusées dans le rapport Entre fraude et spéculation: enquêtes sur les reprises et les évictions de logements.

«Il s’agit bien d’un phénomène de fraudes massives et qui touche particulièrement les locataires vulnérables. Cela contribue à l’appauvrissement de ces personnes qui sont souvent forcées de quitter le quartier et perdent le contact avec leurs ressources sociales», ajoute M. Blanchard.

La ministre réagit

Face à la détresse des locataires victimes d’évictions abusives, le comité de logement presse la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation Andrée Laforest d’agir.

«C’est avec grand intérêt que je prendrai connaissance du rapport du comité de logement de la Petite Patrie, car c’est une situation qui me préoccupe. Je vais m’assurer que les procédures pour les évictions soient respectées et que les suivis adéquats soient faits auprès des propriétaires et des locataires», a répondu la ministre Mme Laforest, ne précisant toutefois pas si elle tiendrait compte des recommandations.

Concernant le fonctionnement du Tribunal administratif du logement, Mme Laforest a tenu à rappeler que la CAQ a investi 24 M$ pour accélérer le traitement des dossiers.

Se disant «soufflé» par les résultats du rapport, le député solidaire de Gouin, Gabriel-Nadeau Dubois, enjoint lui aussi la CAQ à prendre des mesures à la hauteur de la crise.

Sans régulations et des investissements importants et rapides, Montréal pourrait selon lui «se vider comme Toronto».

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