À partir de mercredi et jusqu’à vendredi, dirigeants et défenseurs de l’environnement des secteurs public et privé se rencontrent à Rio de Janeiro, au Brésil, pour la Conférence des Nations unies sur le développement durable. Une occasion de s’attaquer à la pauvreté, aux iniquités sociales et à la destruction de l’environnement…
Des acteurs clés de la conférence croient que Rio+20 – 20 ans après la Conférence de Rio de 1992 – pourra faire une bonne différence. C’est le cas des défenseurs du monde marin, sujet que Métro a choisi d’aborder dans ce dossier spécial.
«Rio sera l’occasion de donner un bon coup de pouce à nos océans», indique Charles Clover, président de la Blue Marine Foundation. Son organisation, fondée en 2010, crée des réserves marines et incite l’industrie de la pêche à trouver de nouvelles idées, le tout pour permettre une pêche durable. «Notre mission est essentielle dans le contexte actuel, avance M. Clover. Les réserves assurent aux espèces des lieux sûrs. Partout ailleurs dans les océans, c’est la destruction et le pillage. À cause de l’industrie de la pêche, mais aussi des changements climatiques et de la pollution. La pêche durable n’est pas que profitable aux espèces marines. Elle est aussi importante pour s’assurer que les pêcheurs auront un revenu dans l’avenir.»
«Ce que nous souhaitons voir émerger de Rio est un système de gouvernance des hautes mers qui comblerait le manque qui existe actuellement dans les régulations en matière de pêche, poursuit M. Clover. En ce moment, c’est un véritable buffet. On aimerait aussi pouvoir créer des réserves en eaux internationales, ce qui est impossible pour le moment, mais ô combien important.»
L’Institut international de l’océan, basé à Malte, sera une des ONG agissant à titre de facilitateur à Rio. Il tentera de convaincre les gouvernements d’adopter des politiques protectrices de nos merveilles bleues. «Rio servira peut-être de signal d’alarme. L’attitude de l’homme envers les océans est inconsciente. Pourtant, notre survie dépend des mers», lance Awni Behnam, président de l’Institut.
La pollution est un enjeu important. Selon M. Behnam, plus de 46 000 pièces de plastique flottent dans chaque mille carré d’océan. La concentration de déchets est particulièrement élevée dans le nord du Pacifique, où une zone a même été surnommée Plaque de déchets du Pacifique Nord. Les courants océaniques font converger les déchets vers cette zone, même s’ils viennent de très loin. C’est aussi à cause des courants marins qu’on a trouvé des déchets dans les coins les plus reculés de l’Arctique, à plus de 1 000 km des populations.
[pullquote]
«C’est devenu un problème insidieux, note Steve Gittings, du National Oceanic and Atmospheric Administration’s National Marine Sanctuary Program, une organisation gouvernementale américaine. Et c’est un problème qui ne fléchit pas.»
Pis encore, c’est un problème qui n’est pas toujours visible. «Il ne s’agit pas de gigantesques piles de sacs et de bouteilles qui flottent dans l’océan et qu’on pourrait facilement repêcher, explique Simon Boxall, du National Oceanography Centre, au Royaume-Uni, mais bien de particules microscopiques de déchets qui se sont déchiquetés avec le temps.»
L’autre problématique qui inquiète les océanographes est le réchauffement climatique. L’acidification des océans – qui survient quand le pH augmente, rendant l’eau plus acide – est un problème de plus en plus répandu. Le phénomène survient quand du dioxyde de carbone est produit, vulgarise le Dr Scott Doney, scientifique de la chimie marine à la Woods Hole Oceanographic Institution, au Massachusetts. Le quart des émissions est absorbé par les océans, et la chimie de celles-ci est déréglée.
«Il n’en découle pas de problématiques directement liées à la santé de l’homme, mais ce qui est inquiétant, c’est que de nombreuses espèces animales et végétales, desquelles l’homme dépend, sont affectées», explique M. Doney.
Surpêche, pollution, changement climatique. Tout ça n’est pas jojo. Selon les experts, il faut d’abord et avant tout convaincre les gouvernements de légiférer afin de protéger nos océans. «En matière de changement climatique, personne ne semble vouloir faire le premier pas, indique Steve Gittings. C’est périlleux et ça coûte cher.»
Les défenseurs des mers souhaitent que la conférence de Rio serve de levier pour que les décideurs s’unissent. Les principales organisations environnementales feront tout ce qui est en leur pouvoir pour y parvenir.
