BARCELONE, Espagne — Les foules sont de plus en plus nombreuses en ce début de journée à Barcelone et dans les villes de la Catalogne, devant les écoles et d’autres établissements qui doivent servir de bureaux de vote pour un référendum contesté sur la sécession de la Catalogne, du reste de l’Espagne.
Les gens ont commencé à arriver avant l’aube pour rejoindre les parents, les enfants et les militants qui occupaient déjà les bâtiments, défiant l’ordre d’un juge qui leur avait demandé de quitter les lieux avant dimanche matin.
Le tribunal constitutionnel espagnol a ordonné il y a trois semaines la suspension du référendum sur l’indépendance de la Catalogne afin d’en étudier la légalité. Le gouvernement central maintient pour sa part que le vote est illégal.
Les dirigeants séparatistes régionaux se sont toutefois engagés à tenir le vote et ils ont demandé aux 5,3 millions d’électeurs admissibles de se présenter pour voter.
Les groupes séparatistes ont également demandé aux Catalans de tenir des activités dans les écoles au cours du week-end pour empêcher les forces de l’ordre de fermer les lieux qui doivent servir de bureaux de vote.
Alors que les autorités fermaient plusieurs centaines de ces écoles samedi, certains parents ont décidé de renvoyer leurs enfants à la maison en vue de confrontations avec les policiers.
Toutefois, les autorités ont demandé à la police d’éviter le recours à la force.
Samedi, des milliers ont déferlé dans les rues de Madrid, la capitale espagnole, pour dénoncer les efforts des indépendantistes qui cherchent à assurer que leur référendum aura bel et bien lieu. Les manifestants ont réclamé que les dirigeants catalans soient jetés en prison, scandant «Longue vie à l’Espagne!». À Barcelone, des protestataires ont également imploré leur région de ne pas faire sécession.
Les policiers, chargés d’empêcher la tenue de la consultation, orchestrent depuis quelques jours une vague de répression, confisquant des bulletins de vote et du matériel de campagne.
Le gouvernement régional catalan a choisi de faire preuve de défiance et invite tout de même les 5,3 millions d’électeurs à se prononcer dimanche.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Alfonso Dastis, estime que cette démarche est «un travestissement de la démocratie» qui va à l’encontre «des objectifs et des idéaux de l’Union européenne».
L’Union européenne a prévenu la Catalogne que si elle divorçait l’Espagne, elle serait exclue du bloc et devrait demander à le réintégrer.
Le plus haut représentant du gouvernement espagnol en Catalogne affirme que la police a déjà fermé plus de la moitié des bureaux de scrutin et que l’infrastructure technologique permettant de voter et de compiler les votes a été démantelée.
Enric Millo rapporte que des agents de la garde civile ont effectué une perquisition en vertu d’une ordonnance judiciaire, samedi, au quartier général du Centre régional catalan responsable de la technologie et des communications.
Selon M. Millo, les logiciels qui devaient relier les milliers de bureaux de scrutin et permettre le vote en ligne ont été désactivés.
Les séparatistes qui opposent toujours une résistance après 6 h 00 dimanche — soit trois heures avant l’ouverture prévue des urnes — devraient êtres chassés conformément à l’ordre d’un juge, a-t-il ajouté.
Si un vote ad hoc dans les rues était toléré, ses résultats ne seraient toutefois pas jugés valides.
«Ils peuvent toujours installer une table improvisée dans la rue avec des sceaux, y mettre des papiers, a-t-il expliqué. Mais ce que les autorités catalanes ont promis, un référendum efficace avec un fondement légal et contraignant, ça n’arrivera pas.»
À l’école primaire Congres-Indians, à Barcelone, le militant indépendantiste Quim Roy comptait samedi, renvoyer ses deux fillettes à la maison avant l’heure de tombée de dimanche matin.
«Qui sait ce qui va se passer si la garde civile débarque?», a-t-il lancé.
Il précise que d’autres parents comptent faire de même par souci pour la sécurité de leurs enfants.
«S’ils me disent que je ne peux pas être dans une école publique et exercer mes droits démocratiques, ils devront me sortir d’ici. Je ne résisterai pas, mais ils devront m’emporter», a-t-il prévenu.
Les organisateurs de ces occupations d’écoles ont prévu un éventail d’activités pour maintenir le moral, dont des projections de films, des pique-niques et des séances de yoga.
On ignore si le gouvernement catalan pourra distribuer suffisamment d’urnes et de bulletins de vote pour mener à bien cette consultation régionale, après la confiscation de 10 millions de bulletins de vote par la police espagnole dans les derniers jours.
Un autre inconnu est ce qui adviendra si les dirigeants catalans jugent le vote légitime et proclament l’indépendance — ce qu’ils se sont engagés à faire dans les 48 heures suivant une éventuelle victoire du «oui».
