Monde

Facebook: Zuckerberg devant le Congrès pour un mea-culpa

IMAGE DISTRIBUTED FOR AVAAZ - While Mark Zuckerberg prepares to testify before the Senate, 100 cardboard cutouts of the Facebook founder and CEO stand outside the U.S. Capitol in Washington on Tuesday, April 10, 2018. Advocacy group Avaaz is calling attention to hundreds of millions of fake accounts still spreading disinformation on Facebook, and calling for the social media giant to submit to an independent audit. (Kevin Wolf/AP images for AVAAZ)

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, doit endosser personnellement mardi la responsabilité des «erreurs» commises par le réseau social, qui n’a pas su anticiper les mauvais usages de la plateforme, lors d’une audition très attendue au Congrès.

C’est la première fois que le multimilliardaire passe sur le grill des élus américains, très remontés contre Facebook, empêtré dans des polémiques à répétition qui ont pris une tournure retentissante à la mi-mars avec l’éclatement du scandale Cambridge Analytica.

«Nous faisons face à un nombre important de débats à propos de la protection de la vie privée, de la sécurité et de la démocratie et vous aurez légitimement des questions difficiles à me poser», compte dire Mark Zuckerberg aux commissions parlementaires, selon le texte de son intervention diffusé lundi.

Tournant dans l’histoire du groupe selon les uns, simple exercice de relations publiques pour les autres, ce témoignage sera en tout cas un test pour le dirigeant, qui peine à se défaire d’une image de «geek» arrogant et peu à l’aise en public.

Comme depuis des semaines, il fera amende honorable, répètera avoir péché par «idéalisme» et «optimisme» et détaillera les mesures passées ou à venir pour rectifier les errements d’autrefois.

Avant le début de sa première audition, prévue vers 14h, Facebook a annoncé qu’il allait rétribuer les personnes qui signalent une mauvaise utilisation de données personnelles par des applications tierces, comme ce qui est arrivé avec la firme britannique Cambridge Analytica.

Il sera aussi entendu mercredi à la Chambre des représentants.

Pendant ce temps, une centaine de répliques en carton du patron de Facebook ont été déposées devant le congrès américain à Washington. Les effigies de Zuckerberg affichent le message: «Réparez Facebook» (« Fix Facebook »), une initiative du groupe Avaaz, qui souhaite attirer l’attention sur la prolifération de faux comptes sur la plateforme en ligne.

Rendre des comptes
«Il est évident aujourd’hui que nous n’avons pas fait assez pour empêcher [Facebook] d’être utilisé de façon mal intentionnée. Nous n’avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur et je suis désolé», a-t-il prévu dire.

Mais il aura fort à faire pour attendrir les parlementaires, qui sont nombreux à se dire décidés à légiférer pour mieux encadrer Facebook et les groupes internet en général. Pour beaucoup, l’heure de rendre des comptes a sonné.

«Si Facebook peut in fine miner nos institutions démocratiques, il va falloir que nous fassions quelque chose pour nous protéger», a déclaré lundi le sénateur démocrate Bill Nelson après avoir rencontré le dirigeant de 33 ans, qui avait troqué son traditionnel t-shirt pour un costume-cravate sombre.

Le républicain John Kennedy ne se dit pas forcément en faveur d’une régulation. Mais «ma principale inquiétude, c’est que Facebook ne sache pas» remédier lui-même aux problèmes, a-t-il dit.

M. Zuckerberg tentera d’expliquer comment les données de quelque 87 millions d’utilisateurs se sont retrouvées entre les mains de la firme d’analyse de données Cambridge Analytica. Cette dernière a ensuite travaillé pour la campagne de Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016.

Il devra aussi expliquer pourquoi il a attendu jusqu’en 2014 pour décider de limiter l’accès aux données personnelles par les applications tierces, comme celles par laquelle ont transité les informations récupérées par Cambridge Analytica.

Le groupe aux plus de deux milliards d’utilisateurs est aussi vilipendé depuis des mois pour avoir servi – comme Google ou Twitter – d’outil de désinformation et de manipulation politique, orchestrée selon la justice américaine par le Kremlin dans le but de favoriser l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Moscou a toujours nié.

Regagner la confiance de ses utilisateurs est crucial pour le groupe, car son modèle économique est fondé sur l’exploitation des données personnelles, qui permettent aux annonceurs de cibler finement leurs messages publicitaires.

Facebook, qui fait l’objet d’enquêtes et de plaintes tous azimuts des deux côtés de l’Atlantique, a commencé lundi à informer ses utilisateurs dont les données ont pu arriver chez Cambridge Analytica.

Parmi les autres annonces récentes: vérifier l’identité des personnes ou organisations diffusant des messages électoraux ou politiques, clarifier les paramètres de confidentialité ou encore collaborer avec des chercheurs indépendants sur son influence dans les élections et la démocratie.

Jusqu’ici, Facebook assure ne pas observer d’impact financier malgré un mouvement appelant les utilisateurs à quitter le réseau social et les inquiétudes d’annonceurs publicitaires. Son action a toutefois chuté de près de 15% à Wall Street depuis la révélation de l’affaire.

Articles récents du même sujet

Exit mobile version