Cette année, comme depuis la nuit des temps, les théories du complot serpenteront dans les grands événements colportés par les médias.
L’an dernier, le massacre de Newtown au Connecticut a déchaîné l’imaginaire des complotistes: c’est Barack Obama lui-même qui a orchestré la tuerie pour pouvoir interdire les armes semi-automatiques.
C’est également lui qui a «déclenché» l’ouragan Sandy avec l’aide de HAARP, le programme scientifique et militaire américain, pour pouvoir «balayer» son rival républicain Mitt Romney. Dans les deux cas, Fox News, la chaîne ultraconservatrice américaine, s’est fait l’écho de ces thèses, comme celles d’ailleurs affirmant qu’Obama n’est pas né en sol américain.
Richard Hofstadter (1916-1970) a sans doute été le premier sociologue américain à relever le «style paranoïaque» dans la vie politique de son pays. Dans The Paranoïd Style in American Politics paru en 1964, il note «l’exagération outrancière, la suspicion et le délire conspiratoire» qui y règnent.
Sans conteste, les États-Unis sont un terreau fertile pour les conspirationnistes. Mais avec l’internet, il n’y a plus de frontières pour tous ceux qui nient le hasard, croient aux volontés cachées et aux événements programmés.
Ces deux dernières années, les printemps arabes ont été dans le collimateur des «conspis». Ils y voient l’œuvre d’Israël ou de la CIA. Une invention occidentale visant à détruire le tissu social des Arabes, à contrôler leurs ressources énergétiques.
Dévoiler ce qui est voilé suscite toujours l’attention surtout lorsque est inlassablement posée la question : «À qui profite le crime?» Les attentats du 11 septembre 2001 sont l’exemple du «complot parfait» de ces 10 dernières années. Les grands médias ont-ils vraiment été transparents?
Les élucubrations de toutes sortes vont de pair avec la crise de confiance dans les canaux d’information classiques.
Gilbert Keith Chesterton avait raison. L’écrivain britannique du début du siècle dernier aimait rappeler ceci : «Depuis que les hommes ne croient plus en Dieu, ce n’est pas qu’ils ne croient plus en rien, c’est qu’ils sont prêts à croire en tout.»
Dans la marche cahoteuse d’un monde trop complexe pour être décrit simplement, la «main invisible» frappera de nouveau en 2013. Toutes les crises, tous les conflits de cette année feront partie d’un grand complot mondial. C’est écrit dans le ciel.
