Monde

Stéphanie Villedrouin: Haïti veut séduire les touristes

Stéphanie Villedrouin: Haïti veut séduire les touristes
Photo: Yves Provencher/Métro

Finis, les voyages humanitaires. Haïti souhaite aujourd’hui attirer un nouveau type de visiteurs : des touristes prêts à jouir du soleil, de l’histoire et de l’architecture. À l’approche du troisième anniversaire du séisme qui a fait 300 000 victimes dans la perle des Antilles, la ministre haïtienne du Tourisme, Stéphanie Villedrouin, nous parle d’un pays qui cherche à se redéfinir.

Vous lancez actuellement une vaste opération afin de stimuler le tourisme en Haïti. Or, en décembre, Ottawa a mis en garde les voyageurs comptant s’y rendre. Que pensez-vous de cette décision?
Ils ont tout simplement dit qu’il faut faire preuve de prudence en allant à Haïti. Le Canada a les mêmes consignes pour d’autres pays de la région. Mais Ottawa ne déconseille pas de se rendre à Haïti, bien au contraire. Le gouvernement dit seulement que certains quartiers sont plus dangereux que d’autres et qu’il ne faut pas s’y aventurer. Haïti est une destination sûre. Elle ne figure pas parmi les 10 pays ayant le taux d’insécurité le plus élevé, et c’est pour ça que nous lançons actuellement le premier forfait touristique de notre histoire.

Cet incident pourrait-il miner vos efforts visant à attirer des visiteurs en Haïti?
Pas du tout. En octobre dernier, le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, Taleb Rifai, a fait référence à Haïti comme à l’âme des Caraïbes. C’est cette nouvelle image que nous voulons donner au monde entier. Haïti est au beau milieu des Caraïbes, une région où tous les pays misent sur le tourisme pour la création d’emploi et de richesse. C’est sûr que l’héritage du séisme de 2010 est lourd et que, parfois, nos ressources sont limitées, mais nous possédons tous les aspects naturels, culturels, culinaires et autres afin d’attirer des visiteurs extérieurs.

Si vous êtes en campagne de séduction, c’est donc que les infrastructures touristiques s’améliorent en Haïti?
Plusieurs de nos établissements touristiques ont été affectés par le tremblement de terre. Par exemple, nous avons perdu près de 800 chambres d’hôtel. Mais aujourd’hui, les investissements sont très favorables. Plusieurs chaînes internationales installent des franchises en Haïti : Best Western, Mariott… Le secteur est en pleine expansion. Un bon climat d’affaires ainsi qu’une demande extérieure commencent à prendre forme.

Trois ans après le tremblement de terre, où en est la reconstruction du pays?
Le progrès le plus important est la diminution du nombre de gens qui demeuraient dans des tentes. Nous avons pu déplacer plus de 700 000 personnes et nous sommes en train de mettre en place un développement de 2 000 maisons communautaires. Ce sera le premier vrai village construit par le gouvernement. Avant, la tendance était plutôt aux abris de fortune. Et en plus de rebâtir les ministères et les routes qui ont été détruits, nous avons reconstruit l’aéroport Toussaint-Louverture, qui a subi beaucoup de dommages lors du séisme. Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous avons un aéroport de calibre international.

[pullquote]

Le ministre fédéral de la Coopération internationale a confirmé en début de semaine qu’il gèlerait les fonds d’aide à Haïti pour les cinq prochaines années. Comment expliquez-vous cette décision?
La décision du ministre de la Coopération internationale de revoir sa stratégie d’aide à Haïti est tout à fait légitime. De notre côté, nous voulons élaborer des programmes pour être auto-suffisants financièrement. Le gouvernement veut prendre le pays en main, s’occuper de la misère, stimuler le tourisme et créer de l’emploi. Dans ce contexte, la stratégie d’aide des pays étrangers ne peut plus être la même qu’au lendemain du séisme.

Haïti pourra-t-elle bientôt tourner la page du tremblement de terre?
Le pays a déjà tourné la page du tremblement de terre. Nous sommes maintenant sur la page du développement. Le président veut faire d’Haïti un pays émergent dès 2030. On ne peut pas tout faire immédiatement, mais d’ici quatre ou cinq ans, on pourra jeter les bases d’un développement à long terme. Le secteur touristique va jouer un rôle important pour financer ce développement économique et social.