Élections américaines
14:24 4 novembre 2020 | mise à jour le: 7 novembre 2020 à 11:53 temps de lecture: 9 minutes

Joe Biden devient le 46e président des États-Unis

Joe Biden devient le 46e président des États-Unis
Photo: Tasos Katopodis/Getty ImagesJoe Biden célèbre la victoire de la 59ème élection présidentielle le 3 novembre 2020.

À moins d’un revirement majeur de situation, notamment à cause des contestations judiciaires entamées par le Parti républicain, Joe Biden deviendra le 46e président des États-Unis. Métro revient sur ce à quoi il faut s’attendre après la victoire du candidat démocrate à la présidence dans l’un des scrutins présidentiels les plus conflictuels des dernières décennies.

L’ancien sénateur du Delaware et vice-président des États-Unis sous l’administration Obama sera investi comme 46e président des États-Unis le 20 janvier 2021. L’homme de 77 ans a remporté la course à la Maison-Blanche le 3 novembre contre Donald Trump, 74 ans, qui est devenu le premier président sortant à perdre la bataille de sa réélection depuis George HW Bush en 1992.

Joe Biden a devancé Donald Trump dans la plupart des sondages américains depuis le début de l’année. Et selon des statistiques récemment dévoilées, sur les 538 votes du collège électoral qui étaient à saisir, il a réussi à atteindre la majorité nécessaire de 270 votes.

Selon David Schultz, professeur de sciences politiques à l’Université de Hamline dans le Minnesota, M. Biden va maintenant essayer de défaire les politiques de Trump.

«Mais ne vous attendez pas à voir des changements majeurs qui reviendraient simplement à ce que Obama a fait. Le monde a changé de manière spectaculaire depuis, en raison de Trump et de la pandémie.»

Il a ajouté: «Il cherchera à être plus coopératif et multilatéral dans son approche des problèmes mondiaux, mais il y a un nouveau nationalisme à travers le monde et aux États-Unis qui a changé la politique.»

Jonathan Hanson, professeur de statistiques pour la politique publique à l’Université du Michigan, pense que Biden va redonner un sentiment de «normalité» à la présidence.

«Il n’y aura pas de tweets de colère émis en plein milieu de la nuit ou le genre d’insultes pour lesquelles Trump est bien connu. Il y aura un changement immédiat dans la façon dont l’Amérique traite le coronavirus.»

En effet, après quatre années pleines de controverses, il y a de nombreuses questions en suspens que Biden devra résoudre. Et cela ne pourra être possible qu’à condition de consolider le soutien de son parti au Congrès. Si cela se produit, le 46e président pourrait rapidement agir pour renforcer l’Obamacare, augmenter le salaire minimum fédéral et abroger les réductions d’impôts sur les super-riches mis en place par Trump. Ses propositions d’investissements dans un avenir plus vert pourraient également devenir réalité.

En matière de politique étrangère, «Biden va tendre la main aux alliés américains de l’OTAN et essayer de réparer les relations endommagées par Trump. Il adoptera une ligne plus ferme à l’égard des efforts russes visant à déstabiliser l’Europe de l’Est. En ce qui concerne l’Amérique latine, il adoptera une approche moins conflictuelle que celle de Trump en matière d’immigration clandestine», a résumé M. Hanson.

«Cette élection a été un carrefour crucial pour les institutions politiques américaines. Trump a mené l’Amérique vers un endroit dangereux. L’élection de Biden est un pas en arrière, mais aussi le début d’un dur travail pour restaurer le tissu fracturé de la démocratie américaine.» – Jonathan Hanson, chargé de cours en statistiques pour les politiques publiques à l’université du Michigan, aux États-Unis.

Quatre questions à Fletcher McClellan

Pour en savoir plus, Métro s’est entretenu avec Fletcher McClellan, professeur de sciences politiques au Collège Elizabethtown, en Pennsylvanie.

Q: Qu’est-ce qui pourrait changer aux États-Unis après la victoire de Joe Biden ?

M. Biden va mettre en œuvre un programme national ambitieux, comprenant des emplois verts et un programme d’infrastructures, le renforcement de l’Obamacare, le droit de vote, la réforme de la justice pénale et l’égalité des sexes. Dans le même temps, il cherchera à rétablir le rôle de leader des États-Unis dans le monde, en réparant les relations avec les alliés de l’OTAN, en rejoignant l’accord de Paris sur le climat et en rétablissant l’accord nucléaire iranien. Il consacrera une grande partie de son temps à défaire les actions exécutives de son prédécesseur sur des questions telles que la protection de l’environnement, les droits des travailleurs et l’immigration.

Q: Parlez-nous de ses promesses de campagne.

Beaucoup dépendent de la forme que prendra le Congrès. Si on retrouve un gouvernement divisé avec une Chambre des représentants démocrate et un Sénat républicain, il ne se passera pas grand-chose sur le front législatif. Au lieu de cela, les deux présidents s’appuieront sur des décrets et des mesures administratives. Si le parti du président contrôle le Congrès, celui-ci aura beaucoup plus de possibilités de tenir ses promesses de campagne.

La priorité absolue est de maîtriser la pandémie de la COVID-19. À moins de trouver rapidement un vaccin efficace, cela ne sera pas facile. Il est probable qu’un nouveau ralentissement de l’économie soit nécessaire. Cela signifie qu’une deuxième loi d’aide à la lutte contre la pandémie, similaire à la loi CARES de plusieurs milliards de dollars adoptée au printemps dernier, doit voir le jour. M. Biden fera également la promotion d’un projet de loi de relance économique basée sur les emplois et les infrastructures dans le domaine des énergies propres. Par ailleurs, l’action sur d’autres questions dépendra de la suppression, ou non, de l’obstruction législative au Sénat, qui exige une majorité qualifiée pour promulguer une loi. Il est fort probable que la minorité républicaine, si c’est ce que les élections donnent, combattra bec et ongles toutes propositions démocrates.

Q: Qu’en est-il de la politique étrangère ?

M. Biden travaillera plus directement avec les pays d’Amérique latine dans les domaines du développement économique, de l’immigration, de l’environnement et du commerce. Des efforts seront déployés pour endiguer le flux de migrants en provenance d’Amérique centrale grâce à l’aide économique et à l’attention portée aux droits de l’homme. Je pourrais voir un grand sommet, ou du moins des négociations soutenues de haut niveau pour résoudre les questions d’immigration et d’asile. La normalisation des relations avec Cuba sera de nouveau sur la table. Les relations avec le Brésil vont très certainement changer, Biden se concentrant sur l’arrêt de l’exploitation de la forêt tropicale amazonienne.

Q: Quelles sont les principales questions que l’administration Biden devrait aborder ?

Pour les deux candidats, le contrôle de la propagation et de la gravité du coronavirus est de loin la question la plus importante. M. Biden en a fait son cheval de bataille, tandis que M. Trump se concentre sur le retour à la normale pour l’économie et la société américaines. Pour Biden, nous ne pourrons jamais revenir à la normale tant que le virus ne sera pas contenu. En fin de compte, tout dépend de si et quand un vaccin efficace sera développé.

De plus, la démocratie américaine est en grand danger. La répression des électeurs, la violence politique et l’extrême partisanerie ne sont que quelques-unes des questions qui doivent être abordées. Même si Trump et les républicains s’avouent vaincus, ils ne disparaîtront pas. Les républicains peuvent-ils devenir un parti d’opposition plus responsable? J’ai des doutes, d’autant plus que la structure médiatique de l’aile droite, y compris les groupes de citoyens en ligne, restera et se développera probablement, puisqu’ils n’auront plus à défendre les actions de leur propre gouvernement. Les démocrates voudront se venger des républicains qui composent les tribunaux. De plus, les tribunaux dominés par les républicains pourraient bloquer les programmes progressistes. Des mesures telles que l’augmentation du nombre de juges à la Cour suprême, l’admission du district de Columbia et de Porto Rico en tant qu’États, et l’abolition de l’obstruction législative pousseront les tensions partisanes à leur limite. Lorsque Biden sera investi, il sera bien occupé à essayer de sauver ou, disons plutôt, d’amener la démocratie aux États-Unis.

Davantage de personnes pourraient fuir les États-Unis après les élections

Le nombre d’Américains ayant renoncé à leur citoyenneté ou à leur résidence aux États-Unis est passé de 2 072 en 2019 à 5 816 au cours des six premiers mois de 2020, selon les données de l’Internal Revenue Service. Au troisième trimestre, ce chiffre a chuté de façon spectaculaire pour atteindre environ 800, les ambassades ayant réduit leurs services en raison de la pandémie.

Les Américains quittent le pays ou cherchent à obtenir des visas étrangers, en raison d’une année marquée par l’oppression, la violence politique, les conflits raciaux et une pandémie incontrôlée qui a maintenu les familles enfermées chez elles pendant des mois, selon les avocats spécialisés dans l’immigration et les organisations d’expatriés.

Alistair Bambridge, associé chez Bambridge Accountants, de New York, a expliqué qu’«il y a eu un énorme retournement de situation au niveau du renoncement des expatriés américains lors du coronavirus, où les chiffres sont en forte baisse depuis 2017».

Il a ajouté : «La pandémie actuelle a donné aux individus le temps de revoir leurs liens avec les États-Unis et de décider que le climat politique actuel et les déclarations fiscales américaines annuelles sont tout simplement trop lourds à supporter».

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