Monde

Le matelas de fortune des dictateurs

L’ancien dictateur Mouammar Kadhafi

Les chasseurs de prime sont de retour! La Libye a engagé un groupe d’enquêteurs afin de trouver le «trésor de guerre» de Mouammar Kadhafi réparti aux quatre coins du monde.

La tâche est colossale. Le montant de la fortune du dictateur exécuté le 20 octobre 2011 après avoir saigné à blanc son pays pendant 42 ans, l’est aussi : au moins 100 G$. Peut-être plus avec les centaines de kilos d’or enfouis dans le désert libyen. À inscrire en tout cas dans le Livre Guinness des records.

Anciens de la CIA ou avocats d’affaires, les «mercenaires» engagés par les autorités libyennes bataillent ferme pour recevoir un joli pourcentage du magot de feu le kleptocrate colonel.

Ils ont déjà localisé cinq hôtels de luxe en Afrique du Sud valant 1 G$, et depuis le début de la chasse au trésor, plusieurs centaines de millions de dollars auraient été récupérés à travers le monde.

Au final, il y a fort à parier que quelques miettes seulement entreront dans les coffres de Tripoli. La volonté politique des pays servant de cavernes d’Ali Baba n’est pas toujours au rendez-vous.

Sur les 40 G$ amassés par l’Irakien Saddam Hussein, 2 G$ ont été récupérés. Le Péruvien Alberto Fujimori a détourné en 10 ans plus de 2 G$. À peine 160 M$ ont été restitués. Les Iraniens, eux, cherchent toujours à récupérer les 35 G$ du Chah, détrôné par la révolution islamique de 1979.

Le champion mondial des «matelas de fortune» n’est ni africain, ni latino-américain, ni asiatique…

Premier ministre de l’Ukraine entre mai 1996 et juillet 1997, Pavlo Lazarenko aurait détourné plus de 800 M$. Une dizaine de millions ont été restitués.

Les despotes de ce monde ont mille cordes à leurs arcs pour dissimuler l’argent sale. Ils brouillent les pistes sous des prête-noms, des sociétés bidon ou même de grandes compagnies bien connues. Leurs capitaux sont partout. Ils irriguent le système économique mondial.

Tous les ans, entre 20 et 40 G$ d’avoirs mal acquis quittent les pays dictatoriaux pour se retrouver sur les places financières internationales ou dans les paradis fiscaux.

À chaque grand sommet politico-économique (G-8, G-20…), des ONG réclament la restitution de ces fortunes. Selon les organisations non gouvernementales, la récupération des «milliards noirs» dont ont tant besoin les pays en développement ne dépasserait pas les 2 % par année.

Depuis 2003, la communauté internationale a bien un outil juridique global pour lutter contre la corruption, avec la convention des Nations unies signée à Mérida, au  Mexique. Mais…

Il appartient à chaque État spolié d’apporter la preuve du détournement de l’argent public.

L’espoir fait vivre…

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