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Les jeux de Sotchi révèleraient-ils Poutine?

Automne 1999. Je regardais une émission de CNN sur la Russie. Ce reportage énumérait les faiblesses de la Russie devenue la risée du monde. Sur les images d’un Vladimir Poutine en judoka qui met K.O. son compagnon d’entraînement, la voix off concluait: «Putin, may be the man of the moment.»

Cette prémonition hante depuis 14 ans les chancelleries de l’Ouest, car Vladimir Poutine a ruminé sa vengeance contre cet Occident «arrogant» pour redorer le blason de Moscou sur l’échiquier mondial.

Depuis lors, l’ex-espion russe ne fait pas les choses comme les autres. Après avoir éliminé ses opposants par l’assassinat et les procès politiques, Poutine s’est taillé sur mesure sa démocratie pour cumuler éternellement les mandats de président. Ensuite, pour narguer la puissance étasunienne, il a, entre autres, endossé le dictateur de Damas. Et cerise sur le gâteau, il se paie, à Sotchi, les jeux les plus chers de l’histoire des olympiades.

Dans un récent reportage d’Envoyé spécial, le magazine phare de la rédaction de France 2, les journalistes expérimentés Gilles Jacquier et Christophe Kenck ont disséqué le système Poutine.

En moins de 25 minutes, les journalistes d’Envoyé spécial ont énuméré les travers de la méthode Poutine.

D’entrée, le public reçoit une vérité hallucinante. Avec 38G$, soit 12 fois le coût des jeux de Vancouver, en 2010, la Russie de Poutine a érigé en moins de cinq ans une ville olympique sur un marécage. Une cité au bord de la mer Noire dans un climat subtropical!

On apprend aussi que, pour construire un site olympique, l’État a préempté des terrains et expulsé des familles. Une opération qui s’est avérée une manipulation pour construire, à la place, des cottages haut de gamme destinés aux riches de la place!

Pire, le témoignage de Boris Nemtsov, jette la lumière sur la collusion et l’opacité du système Poutine. Ce natif de Sotchi et ancien vice-premier ministre du temps de Boris Elstine y est allé d’une explication simple aux journalistes français.

Selon l’opposant russe, si la construction d’un kilomètre d’autoroute coûte 10 à 12 M$ en Occident, à Sotchi, elle a coûté 117 M$ le kilomètre! Soit 9G$ engloutis dans une autoroute de 48 kilomètres qui mène à la montagne pour deux semaines de jeux. Un scandale dans un pays comptant 25 millions de pauvres et un manque criant d’infrastructures.

Pire, on apprend que la moitié des ouvriers du chantier olympique viennent d’Asie centrale. Ces travailleurs étrangers sans-papier, ni contrat de travail ont été floués et exploités. Des cas documentés et reconnus même par le CIO.

Pour Sotchi, l’opacité totale a été érigée en un système de corruption et de collusion bien huilé qui élimine toute concurrence. Quelques oligarques proches du président Poutine se partageraient le cadeau olympique.

« Sotchi, les jeux à tout prix », un reportage à voir.

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