
Valparaiso, au centre du Chili, est habituée aux catastrophes naturelles. Le 12 avril dernier, elle a essuyé l’incendie le plus dévastateur de son histoire.
Bilan: 15 morts, 2900 habitations détruites et 12 500 personnes affectées. En dévalant les collines, le feu a avalé maisons et souvenirs, laissant des familles entières à la rue. Malgré l’impressionnante générosité des Chiliens, cette situation précaire pourrait durer de longs mois.
Mariposa, Alegre, Toro… les noms des 42 cerros (collines) colorés de Valparaiso rivalisent de poésie. Sur 11 d’entre eux, des cendres noires ont remplacé les maisons de bois multicolores d’autrefois. Un paysage de désolation dans cet amphithéâtre au décor grandiose, tourné vers la mer.
Avec un salaire minimum de 415$ par mois, le Chili souffre d’immenses inégalités sociales. Les quartiers touchés par le brasier, juchés sur les sommets de la ville, abritent les populations les plus pauvres. Des quartiers construits de manière anarchique, depuis longtemps abandonnés par les autorités, loin des cerros touristiques classés en 2003 au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO.
Dès le lendemain de la catastrophe, alors que le déblayage commençait sous une chaleur étouffante et poussiéreuse, huit centres d’accueil officiels accueillaient les familles sinistrées. Pas moins de 350 personnes ont trouvé refuge à l’école Grecia, sur l’avenue Pedro Montt. Des matelas ont remplacé les bureaux des élèves. «Pour préserver l’intimité des gens, nous avons essayé de répartir les lits en fonction des familles, mais les espaces séparés manquent», explique Patricio Estay, représentant municipal, devant le portail de l’école gardée par les militaires.
Des centres non officiels et des maisons particulières offrent également leur hospitalité. Alonso Tucas, étudiant en anthropologie à Santiago, est bénévole à l’accueil du centre culturel Trafon, avenue Francia, transformé en dortoir et en centre de dons. «La situation est très précaire pour ceux qui dorment ici, mais c’est pire dans les cerros touchés. Certaines personnes ont refusé de quitter leur maison, parce qu’elles ont peur de s’en aller et que quelqu’un s’installe à leur place», se désole-t-il. Les cerros les plus élevés ne disposent en effet d’aucun acte de propriété. Les habitants de Valparaiso – les Porteños – s’y sont juste installés, au gré de l’espace disponible, depuis une quarantaine d’années.
[pullquote]
Les commerces, les parcs, les entrepôts recueillent des vivres. Les Chiliens ont répondu à l’appel de la cité, sœur pauvre de Viña Del Mar, station balnéaire beaucoup plus bourgeoise. «L’individualisme est fort au Chili. Mais quand une catastrophe naturelle survient, tout le monde se mobilise», constate Violetta Jaras, étudiante porteña en tourisme. Tout en récoltant de l’argent pour les animaux blessés durant l’incendie, elle ajoute que «les dons ont été si grands qu’on n’a plus besoin de nourriture. Il y a même trop de bénévoles désormais, les centres n’ont plus besoin de mains.» Des montagnes d’habits et de papier de toilette s’accumulent. Des affiches No mas ropa (Pas plus de vêtements) sont accrochées devant les lieux de collecte.
Chaque club de foot, chaque association aide les familles touchées de sa communauté; même les bars organisent des concerts caritatifs. «Un cuecatón (danse folklorique chilienne) [a été] organisé vendredi. Les gens vont danser toute la journée pour récolter de l’argent. Les Porteños ont une âme d’artiste. Ils utilisent l’art pour avancer et se reconstruire», se félicite Roxanna Serrano Ruiz, habitante du cerro Alegre.
La situation pourrait durer plusieurs mois. «En 2012, un incendie a détruit 400 maisons. Il a fallu trois mois pour tout reconstruire. Alors, vous imaginez aujourd’hui…» raconte M. Estay. «Les équipes essaient de faire le maximum avant l’hiver et l’arrivée des pluies. L’aide de la communauté est là. Maintenant, tout dépend de l’argent que va débloquer l’État.» Le gouvernement de Michelle Bachelet a promis, d’une part, de reconstruire les cerros en respectant leur architecture, et d’autre part, d’offrir une aide de 2000$ à chaque famille sinistrée pour lui permettre de se rééquiper.
Risques d’épidémie
La maison de Mario Rojas, 71 ans, a été épargnée par le brasier. Lui qui vivait déjà avec sa femme et son fils accueille désormais son neveu et sa famille. «Je les ai installés dans le salon, mais les mois risquent d’être longs», confie-t-il, heureux de sa chance, mais désolé du spectacle qui s’offre à lui. «Cette situation joue sur le moral et l’ambiance dans les familles. Parfois, plus de 10 personnes doivent cohabiter.»
Cette promiscuité forcée fait craindre aux autorités des problèmes sanitaires. «Avec l’automne, les risques d’épidémie de grippe vont décupler. Nous organisons une campagne de vaccination dans les centres», explique Patricio Estay, représentant municipal. Des vaccins contre le tétanos sont aussi offerts aux bénévoles qui manipulent des débris de ferraille.
Lire aussi: La jeunesse chilienne au chevet de Valparaiso
