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«Attaquer l’Iran nous desservirait» – Dan Meridor

Elisabeth Braw - Metro World News

Ministre israélien chargé des services du renseignement, Dan Meridor doit tenir à distance les nombreux ennemis du pays. Ce politicien d’expérience, également vice-premier ministre, a un point rouge sur son écran radar : le nucléaire iranien, qu’Israël a juré de stopper, en partant en guerre s’il le faut.

Israël, repaire de faucons? Dan Meridor, en tout cas, n’en est pas un. Le vice-premier mi­nis­­tre et ministre chargé des services du renseignement et de l’énergie atomique est un poids lourd de l’État hébreu, dont il gère les agences du renseignement avec le doigté d’un intellectuel.

L’Iran semble sur le point de disposer la bombe atomi­que. Pendant des années, Israël a essayé d’empêcher cela. Est-ce que les agences du renseignement israéliennes ont échoué?
Il ne faut pas réduire la situation à un conflit opposant l’Iran et Israël. D’un côté, vous avez l’Iran, et de l’autre, la plupart des pays arabes, à l’exception de la Syrie. Ils désespèrent de voir la communauté internationale stopper l’Iran dans sa course à l’arme nucléaire. Les États-Unis et l’Union européenne sont également opposés au programme nucléaire iranien, comme d’autres pays dans le monde. Selon un large consensus, la donne mondiale changerait si l’Iran disposait de l’arme nucléaire. Si l’Arabie saoudite dit : «Si l’Iran accède à la maîtrise du nucléaire, nous aussi», ce sera le début d’une autre course à l’armement nucléaire.

Mais Israël est l’opposant qui parle le plus fort…
Oui, évidemment, parce que c’est l’avenir de notre pays qui est en jeu. L’Iran dit qu’Israël ne devrait pas exister. Et l’Iran exporte sa révolution vers les pays arabes. Ses dirigeants utilisent la terreur presque sans scrupule. En somme, ils disent qu’ils ont une ligne directe avec le Dieu tout puissant et qu’ils prennent leurs ordres de lui. Ils ne se soucient donc de personne. Les sanctions internationales n’ont pas empêcher l’Iran de persévérer dans son développement nucléaire. Sincèrement, j’espère que la pression sera telle que le prix payé par l’Iran pour poursuivre son programme nucléaire augmentera de semaine en semaine, jusqu’à ce que son gouvernement accepte d’y mettre un terme.

Et si on y mettait un terme à l’aide d’une frappe militaire?
Il est possible que nous ayons à utiliser la force, mais je ne crois pas qu’Israël doive opter pour la solution militaire. Une attaque contre l’Iran n’ajouterait rien à notre sécurité.

Outre l’Iran, quel est le plus grand défi en ce moment?
La croissance de l’Islam politique. C’est dangereux parce que ce n’est pas un phénomène politique, mais religieux. L’idée du compromis n’existe pas. C’est ce que l’Iran a introduit dans ce conflit. On peut avoir un conflit entre deux nations, au sujet des frontières par exemple. Mais l’Iran s’exprime en termes religieux, en disant que selon la parole de Dieu, l’existence d’un État non musulman dans la région est exclue. En utilisant l’argument de la parole de Dieu, il n’y a pas de place pour les compromis. Seul le conflit est possible.

Le Printemps arabe a modifié le contexte dans le voisinage d’Israël. N’est-ce pas un scénario cauchemardesque pour un ministre du renseignement?

Je dois dire quelque chose que les gens n’aiment pas admettre : nous avons été pris par surprise. C’est la même chose pour le renseignement américain et britannique. Et les Égyptiens ne savaient rien! Cela force l’humilité. Nous, les agences du renseignement occidentales, coopérons étroitement. Nous sommes capables de prédire 90 % des événements. Mais les 10 % restants peuvent aussi être très importants.

Comment les médias d’aujourd’hui ont-ils changé les pratiques d’espionnage?

Anciennement, quand on voulait savoir ce qui se passait dans un pays, on devait envoyer un espion. Maintenant, on ouvre la télé. Dans le passé, il n’y avait qu’un journal; maintenant, il y a un million de journaux et de blogues. Tout est ouvert, alors obtenir de l’information est plus facile. Mais comment l’interpréter? Qu’est-ce qui est important, qu’est-ce qui ne l’est pas? Qu’est-ce qui se cache dans les détails? Nous devons comprendre ces choses, parce que nous avons besoin de planifier à partir de notre évaluation de l’avenir. Nous tentons de faire le moins d’erreurs possible et de corriger celles que nous faisons.

Et quand un ministre du renseignement se trompe, des gens meurent…
Vous avez raison. Et nous devons continuer à penser au monde de demain, pas à celui d’hier. Avant, les ennemis étaient des États. Maintenant, ce sont des organisations. L’Union soviétique ne pouvait tuer un seul soldat américain, alors qu’Al-Qaïda a causé des dommages terribles aux États-Unis. C’est ce qui rend ma vie intéressante : la situation changeante dans le monde.

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Biographie
Dan Meridor, 64 ans, marié et père de quatre enfants.

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