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Le Grand Robert illustré

Le Grand Robert illustré

Il n’y a rien de pire que d’aller voir le spectacle d’un artiste qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Quand ça arrive, c’est comme si tous nos beaux souvenirs se transformaient en film d’horreur en un claquement de doigts. J’ai vu Serge Reggiani assis, lisant péniblement ses paroles sur un télésouffleur installé à un mètre devant lui. J’ai entendu B.B. King incapable de jouer de la guitare, lors de son dernier passage à Montréal. Et, au risque de me faire garrocher toutes les tomates en conserve du supermarché, j’ai toujours trouvé que Charles Aznavour n’avait pas su se retirer au bon moment. Lui qui avait pourtant si justement chanté «il faut savoir quitter la table»…

Tout ça pour dire que j’avais quand même quelques appréhensions en me rendant au spectacle Robert en CharleboisScope à Wilfrid-Pelletier la semaine passée. Et s’il fallait… S’il fallait que Charlebois, lui aussi, nous fasse subir le supplice de la fois de trop. À 74 ans, tout se peut. Reggiani était plus jeune que ça la fois du télésouffleur, alors…

Ajoutez à cela que Charlebois est l’incarnation parfaite de l’artiste qui est perpétuellement en compétition avec lui-même, avec le foudroyant jeune artiste qu’il a été. Quand on a frappé fort et sec comme il l’a fait dans le Québec en pleine mutation de la fin des années 1960, c’est le lourd prix qu’on a à payer.

Pas de faux-fuyant, pas de recette facile, Charlebois­ ne vieillit pas. Il n’y a que nous qui avons pris un peu de gris.

Fort heureusement, la production Robert en CharleboisScope m’a jeté sur le cul. Littéralement. J’utilise spécifiquement le mot «production» parce que l’événement dépasse de loin le simple spectacle. Faut voir le flot d’images qui sont projetées tout au long de la soirée (salutations à Gabriel Poirier-Galarneau, un créateur de génie). Les éclairages sont époustouflants, la scénographie parfaite. Et le band, totalement efficace, semble parfaitement conscient qu’à chaque chanson, il s’attaque à des morceaux de patrimoine classés monuments historiques. Faites l’addition de tout ça et vous obtiendrez un résultat renversant. Sur le cul, que je vous dis…

Phénomène pour le moins troublant: comme c’est le cas pour McCartney ou Jagger, Charlebois conserve sans conteste son rang. Quand il chante Tout écartillé, Le mur du son et California, on y croit. Parce qu’il ne nous laisse pas d’autre choix que d’y croire. Pas de faux-fuyant, pas de recette facile, Charlebois ne vieillit pas. Il n’y a que nous qui avons pris un peu de gris.

(Robert Charlebois reviendra à Montréal dans la même salle du 4 au 7 décembre.)

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Réjean Hébert a été député péquiste – et ministre de la Santé – au sein du très éphémère gouvernement Marois, de septembre 2012 à avril 2014. Ces derniers jours, on a su qu’il songeait (vous avez bien lu qu’il s-o-n-g-e-a-i-t…) à se présenter sous la bannière libérale au prochain scrutin fédéral de l’automne. N’en fallait pas plus pour que ses ex-collègues lui servent, comme de raison, sa juste part de potage à la traîtrise.

Au PQ, une seule maxime prévaut: si tu veux savoir qui deviendra un jour ton pire ennemi, tu n’as qu’à regarder celui qui se dit aujourd’hui ton meilleur ami.

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Vu: le documentaire Pavarotti de Ron Howard. Plus qu’intéressant. Fait sur mesure pour le néophyte qui ne connaît strictement rien à l’opéra (j’en suis…), ce film a l’immense qualité de faire la juste part entre l’artiste et le monsieur, entre son œuvre et son legs. Vénéré des uns, méprisé par les intégristes qui ne lui ont jamais pardonné son aventure pop, l’homme est l’objet d’un film où on y apprend plein de choses. C’est à l’affiche en exclusivité au Cineplex Forum.

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Moins d’une semaine avant le début de la saison régulière, les Alouettes ont annoncé que leur instructeur-chef Mike Sherman avait été démis de ses fonctions « d’un commun accord ». Un monsieur qui a de candidement avoué, au terme de son deuxième camp d’entraînement, ne pas avoir encore tout à fait saisi la nature du football canadien.

Cette équipe, jadis tant aimée, n’en finit plus de réinventer des manières de me faire capoter.