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Qui protégera nos droits?

Qui protégera nos droits?

Pour certains nationalistes identitaires, l’adoption de la loi 21 s’inscrit dans une stratégie visant à «redynamiser la question nationale». Ils ne s’en cachent pas. À l’émission Plus on est de fous, plus on lit en mai dernier, le chroniqueur Mathieu Bock-Côté disait avoir beaucoup d’espoir à cet égard. «Quand nous allons arriver au terme du processus sur la laïcité, je crois que les Québécois vont redécouvrir que, lorsqu’ils veulent poser un geste d’affirmation de leur identité à l’intérieur du Canada, le cadre fédéral les en empêche», disait-il, ajoutant qu’en ce sens, la stratégie d’affirmation identitaire à la Legault était plus efficace que tous les discours indépendantistes.

Cette semaine, le penseur nationaliste précisait dans une chronique que «ce qui fait la supériorité de la Charte québécoise sur la Charte canadienne tient dans le fait qu’elle est aisément modifiable et qu’elle ne surplombe pas l’Assemblée nationale à la manière d’un texte constitutionnel intouchable». Autrement dit, même si les chartes québécoise et canadienne protègent toutes les deux les droits des minorités, celle du Québec serait meilleure parce qu’elle est plus facile à bafouer – ce qui en ferait un argument de vente pour le projet national.

Pour certains nationalistes – et notez comment je ne mets pas tout le monde dans le même panier –, le plan est donc de tester la Charte canadienne des droits et libertés de manière à montrer que le fédéralisme canadien nous contraint. Cette stratégie semble tenir pour acquis que le peuple québécois est constitué essentiellement de citoyens inquiets pour qui retirer des droits à des minorités est une façon légitime de s’affirmer. Or, plusieurs indépendantistes s’inscrivent en faux face à cette approche : il y a d’autres moyens de s’affirmer fièrement sans brimer les autres.

Surtout, que vaut un projet d’indépendance qui entraîne d’emblée l’exclusion de certains citoyens?

Quoi qu’il en soit, la contestation par des victimes de la loi 21 devant les tribunaux – dont certains font mine de s’indigner – fait partie du plan visant à mousser le projet d’indépendance. Elle n’en demeure pas moins nécessaire et légitime.

Car on peut aussi prendre la stratégie à l’inverse : plusieurs personnes appartenant à des minorités verront dans la facilité avec laquelle on peut retirer des droits à certains citoyens une menace pour leurs propres droits, et dans le fédéralisme canadien, une source de sécurité. Nous appartenons tous, d’une manière ou d’une autre, à une minorité, et les minorités discriminées d’aujourd’hui ne sont pas nécessairement celles de demain. En ce moment, ce sont surtout les femmes portant le voile qui doivent assumer le fardeau de leur différence, mais le vent pourrait tourner en fonction de l’humeur populaire. Il serait possible de lire, à la suite d’une série de reportages malveillants au sujet des minorités sexuelles, l’argument selon lequel «on n’est pas contre les homosexuels, on veut juste qu’ils cessent de s’afficher à l’école», par exemple.

La rigidité de la charte canadienne, que certains appellent le «gouvernement des juges», est un mécanisme qui repose sur une préoccupation légitime : celle de ne pas laisser les droits des minorités entre les mains d’une possible tyrannie de la majorité. L’adoption de la loi 21 démontre qu’on ne s’inquiète pas pour rien.

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