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05:00 23 octobre 2020 | mise à jour le: 22 octobre 2020 à 22:22 temps de lecture: 6 minutes

Transport en commun : à quand la gratuité?

Transport en commun : à quand la gratuité?

L’Association coopérative d’économie familiale du Nord de Montréal a pris part en déposant un mémoire à la consultation publique de la refonte tarifaire mise en place par l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). Voici un condensé de ses propositions.

«Au moment où on se parle, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) tient une consultation publique sur son projet de refonte tarifaire. Attendue depuis très longtemps, cette consultation n’a malheureusement pas toute la visibilité qu’elle mériterait, compte tenu de l’importance des enjeux.

En effet, pour beaucoup de gens, le transport collectif est essentiel. Il leur permet de se rendre à l’école ou au travail, de se trouver un logement adéquat, de se rendre à des rendez-vous médicaux, de participer à la vie sociale, culturelle et récréative de leur communauté et d’accéder aux biens et services de consommation.

De plus, le transport en commun contribue de façon importante à la diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES). L’ARTM affirme que sa proposition facilitera l’utilisation des services de transport collectif pour l’ensemble des citoyens. Permettez-nous d’en douter. Si l’ARTM veut réellement faciliter l’utilisation du transport en commun, c’est la gratuité qu’il faut mettre en place.

La gratuité pour lutter contre l’exclusion sociale

Les besoins en transport en commun sur l’île de Montréal sont immenses. En effet, 24,6% des habitants (450 000 personnes) qui vivent sur l’île sont sous le seuil de faible revenu. De plus, c’est sur l’île de Montréal que l’on retrouve la grande majorité des services communautaires : aide alimentaire, cliniques juridiques, services de santé, organismes de lutte à la pauvreté et de défense des droits, logements sociaux, etc. bref, des services dont ont besoin les personnes en situation de pauvreté.

Pour un individu avec un faible revenu, le transport collectif constitue bien souvent la seule option de transport. Toutefois, pour plusieurs personnes, cette option n’existe même pas. Actuellement, le coût d’une carte mensuelle permettant d’utiliser le réseau de transport en commun représente plus de 10 % des revenus d’une personne prestataire de l’aide sociale. Le projet de refonte tarifaire tel que proposé n’améliorera pas cette situation.

De plus, le fait que la passe mensuelle soit payable en un seul versement au début du mois constitue une autre barrière. Elle arrive en même temps que le loyer, autre dépense importante. Ainsi, bien souvent, les individus se retrouvent dans l’obligation de payer leurs trajets à l’unité, ce qui est désavantageux.

Bon nombre de travailleurs à faible revenu sont pénalisés par cette situation et consacrent une part plus importante de leur revenu au transport que des travailleurs capables de payer leurs titres de transport au début du mois. Le transport est donc une ressource dont les personnes en situation de pauvreté doivent bien souvent se priver, faute de moyens financiers.

Un des objectifs de la mise sur pied d’un réseau de transport en commun est de répondre à la non-mobilité de diverses catégories de citoyens. Le coût actuel rend impossible l’atteinte de cet objectif. La gratuité est une proposition qui viendrait répondre à cette situation.

La gratuité pour lutter contre les changements climatiques

L’utilisation du transport en commun en remplacement de la voiture individuelle constitue un élément clé de la réduction des émissions de GES. Mais, comme on le sait, il y a des avantages importants à utiliser sa voiture individuelle. Quand vient le temps de décider d’emprunter sa voiture personnelle ou non pour ses déplacements quotidiens, le coût pèse lourd dans la balance.

Ainsi, si l’on veut inciter les gens à utiliser le transport en commun, l’avantage monétaire doit être significatif. D’ailleurs, partout où la gratuité des transports collectifs a été instaurée, on a vu une augmentation significative du nombre d’usagers, ce qui démontre bien que ça fonctionne.

Au Québec, le secteur du transport routier représente 34,4% des émissions totales de GES. Le gouvernement du Québec s’est donné comme objectif de réduire ses émissions de 60% d’ici 2050. Une piste importante pour y arriver est donc de réduire le nombre de voitures sur les routes. Le défi est de taille quand on sait que le taux de motorisation des Québécois augmente plus vite que le taux démographique et qu’en 2016, 68% des personnes qui se déplaçaient 5 jours par semaine pour aller travailler ont utilisé la voiture solo.

Le transport représente un lieu de convergence important entre la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, et la défense de l’environnement. Le développement du transport collectif et de son accessibilité peuvent contribuer à améliorer la vie des personnes tout en aidant le Québec à relever les défis environnementaux.

Évidemment, l’ARTM ne pourra prendre seule la décision de rendre le transport collectif gratuit. Toutefois, l’ARTM devrait rappeler au gouvernement l’importance du transport collectif et exiger qu’il soit mieux financé. Le projet de refonte tarifaire offre à l’ARTM l’occasion de se positionner comme un acteur incontournable de la lutte à la pauvreté et contre les changements climatiques. Ce serait dommage de la laisser passer.

La gratuité du transport en commun est souvent présentée comme une utopie. Ceux qui en parlent sont vus comme des «pelleteux de nuages». Pourtant, les expériences de gratuité se multiplient un peu partout dans le monde. Si elles concernent généralement des villes, des pays entiers commencent à s’y engager. Nous invitons l’ARTM à s’inspirer de ces différentes expériences et à proposer une refonte tarifaire qui soit réellement visionnaire.

Émilie Laurin-Dansereau, conseillère budgétaire à l’Association coopérative d’économie familiale du Nord de Montréal»

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