Carla Beauvais

L’aliénation du système

L’aliénation du système

Selon les statistiques les plus récentes, au Québec, 18 746 personnes ont été victimes de crimes contre la personne commis dans un contexte conjugal.

Ces crimes ont fait 14 716 victimes féminines (79%) et 4 030 victimes masculines (21%).

La violence en contexte familial est d’autant plus pernicieuse qu’elle aspire les enfants dans cette spirale. C’est souvent pour protéger leurs enfants que certaines mères décident de briser ce cycle et de s’enfuir.

C’est le cas de Maryse (nom fictif). En 2009, elle décide de quitter son mari violent. Ils auront la garde partagée de leur fille de cinq ans. 

Malheureusement, la séparation n’empêche pas la violence de continuer.

Il arrive souvent que l’homme utilise les enfants pour garder son emprise.

Dans le cas de Maryse, la fillette est victime des sévices du père, qui la bat fréquemment. Il lui est même arrivé de l’étrangler.

Devant la détresse de sa fille, qui lui confie vouloir s’enlever la vie, Maryse décide d’aller chercher de l’aide.

Elle en parlera à la direction de l’école de la petite qui lui mentionnera ne pas pouvoir lui offrir d’aide, car elle ne présente aucun problème scolaire ni comportemental.

Elle se tournera vers le CLSC, qui entreprendra un suivi.

Au bout de 12 séances, la travailleuse sociale suggère à Maryse de faire un signalement à la DPJ pour tenter de régler le conflit parental.

Hésitante, Maryse finira par accepter, croyant faire la bonne chose pour le bien-être de sa fille. Ce sera le début d’un long cauchemar qui se soldera par l’octroi de la garde complète de l’enfant par le père.

Vous devez sûrement vous demander comment un homme violent peut arriver à avoir la garde exclusive de son enfant.

Comment des intervenants de la DPJ ont pu transformer une victime en bourreau. Depuis quelque temps, on entend parler de l’aliénation parentale. Ce concept, non scientifiquement prouvé, avance qu’un parent peut avoir recours à diverses stratégies visant à miner la relation d’un enfant avec l’autre parent.

De graves conséquences

Dans le cas de Maryse, avant même d’avoir entendu sa version des faits, l’intervenante au dossier avait conclu que c’était un cas typique d’aliénation parentale.

Même si la DPJ était au courant des sévices dont était victime la fillette, elle a statué qu’il s’agissait de malentendus entre le père et sa fille et que le vrai problème était la mère qui avait de la difficulté à gérer le conflit parental.

Selon le témoignage de Maryse, elle a d’abord été accusée d’aliénation parentale, mais quand cette accusation a été réfutée par un psychiatre, la DPJ l’a accusée d’être émotionnellement trop fragile pour protéger l’enfant de la violence post-séparation.

Le juge a tranché en faveur du père prétextant qu’il ne pouvait pas discréditer l’expertise de la DPJ et qu’il s’en remettait à ses recommandations.

La petite a aujourd’hui 12 ans. Les traumas dont elle souffre ne sont pas pris en compte. Sa voix n’est pas entendue. C’est une enfant brisée.

La mère a été abandonnée par un système qu’elle croyait capable de les protéger.

Ses comptes bancaires ont été bloqués, son salaire saisi pour la pension qu’elle doit maintenant verser au père.

Elle croit qu’elle n’aurait jamais dû faire ce signalement. Sa fille lui répète souvent qu’il aurait mieux valu qu’elle continue à prendre des coups en silence. 

L’aliénation parentale ne devrait jamais être prise en compte dans des situations de violence conjugale. Ce sont deux concepts incompatibles.

L’aliénation parentale ne devrait jamais être prise en compte dans des situations de violence conjugale.

Il est irresponsable de reprocher à une mère de protéger ses enfants de la violence d’un père. Il est inconcevable de croire aux témoignages d’hommes manipulateurs et violents qui utilisent cette théorie pour continuer à abuser psychologiquement
de leur ex-conjointe. 

La commission Laurent doit se pencher sur ces questions. Elle doit reconnaître les failles du système et les chocs culturels qui biaisent parfois les recommandations de la DPJ. Dans ces cas, ce n’est pas l’aliénation le problème, c’est la violence!  Et si les paroles manipulatrices s’envolent, les coups restent! 

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