Courrier des lecteurs

Courrier des lecteurs du 19 février

Une bonne idée… à certaines conditions

Depuis quelques jours, nous entendons parler de la «la troisième réforme» du Dr Barrette : le financement à l’activité. Pour l’Alliance des patients pour la santé, organisme regroupant 25 associations de patients, il s’agit d’une bonne idée à condition qu’elle soit implantée en fonction des besoins des patients, et non pour restreindre davantage le financement du réseau.

Budget fermé, services restreints
Actuellement, les établissements de santé reçoivent un budget annuel fixe. Le nombre de procédures (consultations, chirurgies) est donc limité et il n’y a aucun incitatif à réduire les listes d’attente. Ce que le ministre semble vouloir instaurer, c’est un financement où le nombre de procédures détermine le financement de l’établissement; plus on traite, plus on reçoit d’argent… en théorie.

Malheureusement, les coûts pour une même procédure diffèrent d’un endroit à l’autre. Avec un budget fixe, un établissement réalise plus ou moins d’actes similaires qu’un autre. Résultat : des listes d’attente qui varient d’une région à l’autre et un accès inéquitable aux services. Le ministre a donc octroyé un contrat de 70 M$ pour mettre en place un système qui déterminera les coûts de chaque procédure.

Des inquiétudes légitimes
L’évaluation des coûts est souhaitable. Cependant, les patients s’inquiètent et se demandent sur quelles bases on déterminera le coût d’une procédure. Une moyenne? Le coût le plus bas? Comparerons-nous seulement les établissements québécois entre eux? Irons-nous voir ailleurs dans le monde? La qualité des soins sera-t-elle considérée autant que la quantité?

Les services de santé font présentement face à d’importantes compressions qui mettent en péril le bien-être des patients. En 2014-2015, on a constaté une augmentation de 15 % du nombre d’accidents ayant causé la mort, pour atteindre 316 cas. Non seulement nos établissements ne fournissent pas toujours les soins à temps, mais en plus, la qualité commencerait à faire défaut. Si on évalue les coûts du réseau dans son état actuel, c’est-à-dire au bord de l’éclatement, et qu’on se sert de cette évaluation pour fixer un prix plancher, comment s’assurer que la dignité et la sécurité des patients soient respectées?

Le pire scénario
Et si l’évaluation servait à justifier la réduction du financement de certains établissements, sous prétexte que leurs procédures coûtent trop cher par rapport aux autres? Et si le ministère décidait de ne pas augmenter la cadence, mais seulement de réduire les dépenses? Et si Québec accouchait d’une demi-mesure qui met encore davantage de pression sur le réseau?

Ailleurs dans le monde, le financement à l’activité signifie que l’argent suit le patient. Il instaure une compétition dans le réseau, puisque le patient choisit son établissement. Il est un incitatif à l’excellence, pas seulement au volume. Il s’accompagne d’une évaluation transparente des coûts qui tient compte de la qualité autant que de la quantité. Il sert à augmenter le nombre d’actes, pas à dicter un financement plus restrictif.

Il y a beaucoup à faire pour rétablir la confiance des patients; on ne pourrait se permettre de rater cette occasion.

Jérôme Di Giovanni, Président Alliance des patients pour la santé