Courrier des lecteurs du 3 mai

Courrier des lecteurs du 3 mai
Photo: Félix O.J. Fournier/Métro

Un casque pour justifier l’injustifiable

Dimanche matin, un enfant de six ans s’est fait happer par une camionnette sortant d’une ruelle alors qu’il jouait sur le trottoir à vélo. L’impact a laissé le jeune garçon entre la vie et la mort. La réaction du Service de police de la Ville de Montréal? S’empresser de déclarer que l’enfant victime de «l’accident ne portait pas de casque» – une information que les médias ont relayée sans discernement.

Faut-il rappeler que, dans une collision entre un véhicule en acier et un être humain de chair et d’os, à pied ou à vélo, c’est ce dernier qui risque de perdre la vie? Que ce soit un enfant qui joue sur le trottoir ou un adulte qui se rend au travail, dans bien des cas, le casque ne change rien à l’issue tragique de la collision tant les deux parties sont de taille inégale. Le casque a déjà sauvé des vies, ce fait est incontestable. Cependant, déjà en 2013, le coroner Jean Brochu soulignait que le casque n’est utile qu’après l’impact et insistait pour que les efforts soient concentrés en amont afin d’éviter les collisions.

Mentionner le casque dans cette circonstance revient à dire : l’enfant avait tort ou, du moins, la victime n’a pas été assez prudente. Dire qu’il s’agit d’un accident implique que la collision ne pouvait être évitée. Face à une société qui refuse de remettre en question la place qu’elle accorde à l’automobile, le casque est loin d’être une solution miracle. Les changements dans les pratiques nécessitent plus de leadership que de proposer une solution simpliste à un problème criant. À défaut d’une volonté politique sincère, faudra-t-il se munir de vestes réfléchissantes par-dessus un équipement de hockey complet chaque fois que nous oserons poser le pied à l’extérieur de chez nous?

La collision qui a eu lieu dimanche matin est tragique. Les réactions de la police, qui s’empresse de mentionner que la victime ne portait pas de casque, et des médias qui relaient cette information, sont indécentes. Cette situation montre une fois de trop qu’il est nécessaire de changer au plus vite nos mentalités. Il faut absolument réfléchir à l’aménagement des villes et adapter les lois pour qu’elles protègent les usagers et les usagères les plus vulnérables : les piétons et les cyclistes. C’est une évidence : mieux vaut prévenir que guérir. Et lorsque les collisions se produisent, il faut éviter de blâmer celles et ceux qui en sont les victimes et examiner les causes réelles. Cette collision aurait pu être évitée. Notre société doit évoluer afin qu’un tel drame ne se reproduise jamais.

Gabrielle  Anctil et Hélène Lefranc, Piétonnes, cyclistes et automobilistes Co-organisatrices des cérémonies de vélo fantôme