Courrier des lecteurs
01:41 22 juillet 2016 | mise à jour le: 22 juillet 2016 à 01:41 temps de lecture: 3 minutes

Courrier des lecteurs du 22 juillet

Courrier des lecteurs du 22 juillet
Photo: Gracieuseté

Mon déluge

Il y a 20 ans, le 18 juillet 1996, j’étais avec une amie à Ville de La Baie, au Saguenay. Il était autour de 17 h 30, et nous nous trouvions à l’endroit même où se situaient un dépanneur et une Caisse Desjardins, qui devaient être emportés quelques jours plus tard par le déluge.

Nous avions fait quelques emplettes avant de partir pour Saint-Siméon, là où je devais prendre le traversier pour Rivière-du-Loup en direction de Gaspé. Pour sa part, mon amie se dirigea vers son chalet, à Saint-Fidèle.

C’était le début de nos vacances. Avant de quitter La Baie, nous avions regardé le ciel nuageux qui semblait étrange, avec des teintes brumeuses de rouge, laissant présager des orages. Nous nous étions dit qu’il serait bien de partir avant la venue du mauvais temps. Les jours suivants confirmèrent nos appréhensions.

De Gaspé, où je me trouvais le 20 juillet, je restai éberlué de voir à la télévision un reportage qui montrait qu’un coin de La Baie avait été emporté par la force du débit des eaux d’une rivière, soit cette partie où je me trouvais avant mon départ.

Et les images du déluge défilèrent de plus en plus dans les médias. Des routes étaient inondées, des ponts s’effondraient, des maisons étaient emportées à Chicoutimi par les pluies diluviennes. Et des enfants périrent, emportés par la force du terrible déluge. C’en était trop!

Par esprit de solidarité avec mes semblables saguenéens, je regrettai d’être parti en vacances et je ne désirai qu’une chose, soit revenir au plus vite dans la région.

Mais on annonça que les routes étaient temporairement fermées et qu’il était impossible d’aller au Saguenay en automobile. Qu’importe, m’étais-je dit, j’irai par canot s’il le faut, pour venir en aide à mes concitoyens et être près d’eux.

Finalement,  je devais rejoindre mon amie à Saint-Siméon quelques jours plus tard, pour retourner à La Baie et constater de visu l’étendue des dégâts. Nous nous sommes dirigés près du secteur de la ville où nous étions avant notre départ. Il ne restait plus rien. Une sensation de vide et une grande tristesse nous envahirent tous les deux, et nous nous regardâmes les yeux pleins d’eau.

Par la suite, main dans la main, nous avons marché le long des rives de La Baie où on voyait l’étendue des dégâts. S’y trouvaient des amas de bouts de maisons : toits, portes, auvents, etc. On se serait cru dans un après-guerre avec ses scènes de dévastation.

Le lendemain, j’entrepris d’aller parler avec des citoyens particulièrement touchés par le déluge. Je ne fus pas le seul à faire ainsi. Un véritable esprit de solidarité et d’entraide s’installa chez les Saguenéens dignes de ce nom. Ensemble, on devait rebâtir. Ensemble, on devait panser les plaies, se consoler, se prendre en main. Ensemble et unis!

Ce n’est pas pour rien qu’on dit du Saguenay qu’il est un royaume. Parce que tous les Saguenéens sont de bons rois et de bonnes reines qui s’aiment, se respectent et cultivent la fierté et l’estime entre eux et veillent à la destinée de leur territoire. Le déluge de 1996 aura été l’occasion de le constater.

Yvan Giguère, originaire du Saguenay