Dalila Awada
05:00 13 février 2020 | mise à jour le: 13 février 2020 à 00:10

Comme une tonne de briques

Comme une tonne de briques

Ce serait formidable de pouvoir écrire des chroniques qui relaieraient de bonnes nouvelles sur l’environnement.

Ce serait fantastique de pouvoir dire: «Au Québec, on est proches d’atteindre les cibles de réduction de gaz à effet de serre.» Ou encore: «Les propositions du gouvernement en matière d’environnement sont solides et ambitieuses!»

Eh non.

Dans un rapport publié au début de 2020 sur le secteur de l’énergie au Québec (par HEC Montréal), on lit qu’on est loin d’être des premiers de classe dans la lutte contre les changements climatiques, comme s’est pourtant souvent vanté le premier ministre.

Pour ce qui est de la consommation de produits pétroliers, la tendance est même à la hausse (10% de plus pour la période allant de 2013 à 2018).

Lors d’une entrevue, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques disait au sujet des subventions environnementales à venir: «C’est un plan d’action pour réduire les GES, mais également un formidable plan de développement économique. Ce sont des investissements faits au Québec et qui vont mettre de l’avant des technologies québécoises.»

Il précise aussi qu’il n’y aura pas de mesure pour rendre l’usage des voitures polluantes plus coûteux: «Pas dans ce mandat-ci, car on a pris un engagement ferme au niveau des tarifs qui doivent se coller à l’inflation.»

Des propos qui se veulent rassurants; pas d’inquiétude, on ne bousculera rien, le niveau de vie sera maintenu – ou accru, la société s’enrichira.

Et c’est comme si on ne pouvait convaincre de la légitimité d’un plan de lutte pour l’environnement que s’il était accompagné d’un discours de développement économique conventionnel.

Il y a quelques jours, alors que je donnais une conférence dans une école secondaire, on discutait des changements positifs qui peuvent advenir relativement vite dans une société.

Une collègue a cité en exemple l’homophobie et le chemin impressionnant qu’a parcouru le Québec en l’espace de 20 ans. À ce moment, une élève lève la main et dit: «Avec la crise climatique, on n’a plus 20 ans pour espérer des changements.»

Son commentaire est tombé comme une tonne de briques. Elle a raison.

C’est une génération qui a de la difficulté à se projeter 20 ans en avant. Alors, pourquoi diable peine-t-on encore à avoir des plans de lutte à la hauteur de la crise? Et pourquoi la mobilisation n’est-elle pas plus généralisée, chez nos élus du gouvernement en premier lieu?

Ceux qui veulent nous faire croire qu’il sera possible de contrer les effets du réchauffement climatique en laissant nos systèmes et nos façons de faire intacts, et en procédant avec une logique des petits pas, de gradation, rient de nous ou alors versent dans la pensée magique.

Ceux qui veulent nous faire croire qu’il sera possible de contrer les effets du réchauffement climatique en laissant nos systèmes et nos façons de faire intacts, et en procédant avec une logique des petits pas, de gradation, rient de nous ou alors versent dans la pensée magique.

Le ministre Charrette a d’ailleurs dit dans la même entrevue que les grimpeurs du pont Jacques-Cartier ont «pourri la vie de dizaines de milliers de personnes».

Bien sûr, parce que la crise environnementale qui est en cours et qui ne cessera de s’amplifier dans les prochai­nes décennies ne pourrira la vie de personne.

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