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Fascisme et dentifrice

Fascisme et dentifrice
Photo: Getty ImagesRIO DE JANEIRO, BRAZIL - OCTOBER 28: Jair Bolsonaro, far-right lawmaker and presidential candidate of the Social Liberal Party (PSL), arrives to cast his vote on October 28, 2018 in Rio de Janeiro, Brazil. (Photo by Ricardo Moraes-Pool/Getty Images)

Quoi en penser? Les Brésiliens ont perdu la boule? Oui, bien entendu. Comme nous tous, en un sens. Un populisme de droite qui gangrène, graduellement mais assurément, les fondements mêmes de nos démocraties et États de droit. À divers degrés. Hongrie. Italie. Turquie. States. Version canadienne édulcorée, aussi. Ford. Legault. Possiblement Scheer.

Un cas isolé, le Brésil? Plutôt la suite logique de ce qui se trame depuis quelque temps déjà. Le problème avec ce populisme? C’est que, poussé à fond, ce dernier ne peut trouver d’autre issue que le… fascisme.

Ce dernier terme, d’ordinaire banni des bouches occidentales, vient d’y refaire, après un hiatus de quelques décennies, réapparition. Et habituons-nous. Parce que le cas brésilien ne saurait, compte tenu de la présente tendance, demeurer orphelin bien longtemps.

Et qu’est-ce que le fascisme, précisément? Je vous ai déjà parlé d’Umberto Eco, lequel identifie divers facteurs afférents à son émergence contemporaine. En voici quelques archétypes:

1. Refus du modernisme, soit le rejet de la raison au profit des instincts, souvent bas.

2. Le mépris des intellos.

3. La peur de l’autre. Selon Eco, «l’Ur-fascisme croît et cherche le consensus en exploitant et exacerbant la naturelle peur de la différence. Le premier appel d’un mouvement fasciste ou prématurément fasciste est lancé contre les intrus. L’Ur-fasciste est donc raciste par définition.»

4. Ennemis, nationalisme et complot. Toujours selon Eco: «[…] les seuls à pouvoir fournir une identité à la nation, ce sont les ennemis. C’est pourquoi à la racine de la psychologie Ur-fasciste on trouve l’obsession du complot, si possible international. Les disciples doivent se sentir assiégés. Le moyen le plus simple de faire émerger un complot consiste à en appeler à la xénophobie.»

5. Le populisme qualitatif, signifiant que les droits individuels ne doivent tout simplement pas exister, le «peuple étant conçu comme une entité monolithique exprimant la volonté commune, laquelle étant portée par le Leader, l’Homme-providence».

Frissonnant de similitude. Le slogan de Bolsonaro? «Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous.» Une référence apparemment volontaire à l’hymne nazi.

Sur le plan de la sécurité? Une libéralisation du port de l’arme à feu et une carte blanche aux militaires et policiers afin de flinguer les criminels potentiels: «Si un policier tue 10, 15, 20 personnes, il doit être décoré, pas poursuivi», de nous dire Bolsonaro. Sur le plan du travail? «Le travailleur va devoir choisir: moins de droits et plus d’emplois ou plus de droits et du chômage.» De l’environnement? L’intention claire d’autoriser des projets hydrauliques, miniers et industriels dans des zones protégées, notamment en Amazonie, l’un des poumons de la planète. Des libertés civiles? Le nouveau président promet «d’accélérer le grand nettoyage du pays des marginaux rouges, des hors-la-loi gauchistes». Le choix de ces derniers? Exil ou prison. Mieux: «Il s’agit en fait d’imposer la norme de la majorité aux Indiens, aux homosexuels, aux Noirs, aux militants de gauche, aux minorités et aux oppositions.» Le tout agrémenté d’une «purge comme jamais le Brésil n’en a connue».

En bref, le dentifrice est maintenant sorti du tube. La solution? Le remettre dedans. Have fun.

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