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Justin au pays de l’or noir

Justin au pays de l’or noir
Photo: Sean Kilpatrick/La Presse canadienneSean Kilpatrick / La Presse Canadienne

Pas d’hier que les Trudeau en bavent avec le pétrole canadien. Déjà peu populaire dans les Prairies, le gouvernement de Pierre Elliott en avait pris plein la gueule à cause de sa politique énergétique, au début des années 1980. Au point où plusieurs voitures albertaines se promenaient avec l’autocollant «Let those bastards freeze in the dark!», message pas trop subtil s’adressant aux Canadiens de l’Est, jugés trop favorisés par la politique en question. Au point où le ministre de l’Énergie de Trudeau, Marc Lalonde, s’était vu affublé du sympathique surnom de «Prince of the Darkness». Au point où les libéraux ne devaient jamais se remettre de cette rebuffade alléguée, les comtés rouges se comptant d’ordinaire sur les doigts d’une main. Et encore.

On n’apprendra rien à quiconque en précisant que Justin se distingue du paternel, et ce, sur une tonne de points de vue. L’un d’eux: vouloir se faire aimer. Alors que Pierre se fichait royalement des politicailleries afférentes aux traditionnelles querelles entre le fédéral et les provinces, Justin, pour sa part, se fait un point d’honneur de tenter de séduire une chose et son contraire. Pas une mauvaise chose en soi, évidemment, souhaiter se faire aimer à titre de dirigeant d’un pays aussi complexe que le Canada. Reste toutefois que la physique a des droits, et que nul n’est en mesure d’arrimer l’irréconciliable. Au programme des grands paradoxes: l’industrie des sables bitumineux et la protection de l’ordre environnemental.

On se souvient notamment du tollé provoqué, à juste titre d’ailleurs, par l’achat cet été du pipeline Trans Mountain par Ottawa, au coût annoncé de 4,5G$, auquel s’ajouteront 9G$ supplémentaires en frais d’expansion. Pas donné, dites donc, de polluer l’air du contribuable avec le fric de ce dernier.

Cela dit, on pensait assister à un certain repentir de la part de Justin et de son gouvernement. D’abord, l’embauche de Steven Guilbault, ancien manitou d’Équiterre. Ensuite, une présence inspirante à la COP24, laquelle, outre les habituelles promesses de «tout faire afin de mettre en œuvre les moyens nécessaires permettant de blablabla», laissait néanmoins croire que l’environnement constituerait l’un des socles électoraux du gouvernement, ce qui, compte tenu de l’électorat jeune et progressiste que vise ce dernier, aurait été absolument logique et naturel.

En bref, à vert toute, pensions-nous. Enfin.

Mais erreur. Parce que cela était évidemment sans compter l’incessante quête d’amour du premier ministre, prêt à aider simultanément l’oppresseur et l’opprimé. C’est ainsi qu’on apprenait, hier, diverses mesures d’aide d’envergure à l’industrie pétrolière et gazière albertaine. Un beau 1,6G$, apparemment. Tout cela, bien entendu, alors que le dernier rapport du GIEC confirme qu’à ce rythme, il nous reste environ 12 ans pour agir avant que le réchauffement de la planète ne devienne irréversible.

Le plus drôle – façon de parler – dans cette histoire? Que Rachel Notley, première ministre de l’Alberta, n’ait pas caché sa déception à la suite de l’annonce. Pouet pouet, les comtés rouges. Conclusion: à trop vouloir plaire à tout le monde, on finit par ne plaire à personne. Plate, et grave, de même.

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