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Je t’aime, mon brave

Je t’aime, mon brave

Me suis jamais autorisé une chronique plus perso, plus human. Sauf cette fois. Parce que de toute manière, je ne serai capable d’écrire sur rien d’autre aujourd’hui. Exit les remaniements ministériels, Trump et Brexit. M’en fiche. Parce qu’hier, t’es passé de 
l’autre bord. 40 ans. Ta Caro. Trois enfants. Cancer généralisé. Pif paf pouf.

Une amitié de plus de 30 ans, débutée au hockey, à Mont-Laurier. Petits et rapides, et plutôt bons. Amitié poursuivie dans notre valeureuse ligue de garage, où tu étais encore petit, rapide et plutôt bon. Mais plus moi. Mon rôle était dorénavant de veiller sur toi, de te protéger des matamores adverses, en furie après un coup vache que tu venais de leur servir. Parce que t’étais un p’tit christ, qui donnait tout sur et hors la glace.

Une générosité sans nom, en fait. Partir de Valleyfield pour Saint-Michel-des-Saints pour assister, année après année, à l’anniversaire d’Ève. Six heures de char aller-retour. Toujours le plus beau cadeau. Rater une journée de travail complète pour assister à ma soutenance de doctorat. À courailler avec les kids pour assister à chacun de mes lancements de livre.

T’étais là, systématiquement. Sourire espiègle, blague sortie de nulle part, souvent salace, faisant crouler de rire l’auditoire. Un vrai clown que tout le monde aimait. Du genre à te balancer flambant nu, lors de nos partys d’équipe, en bas d’un tremplin de piscine, 15 minutes après ton premier rhum and coke. Et quand tu partais, face heureuse, tu me soufflais à l’oreille, lors de la traditionnelle accolade, un «je t’aime, mon brave». Pas trop habile dans les manifestations d’amour, je restais muet.

«Ton départ m’arrache, pour dire le moindre, 
une partie de mon âme.»

Me souviendrai aussi de ta gueule, lors de mon petit hommage pendant le lancement d’octobre dernier. T’as pleuré. Moi aussi. Parce qu’on savait, malgré l’accalmie, que la prochaine tempête, la dernière, se 
lèverait incessamment. Et serait, cette fois, fatale.

Me rappelle notre obsession pour Weezer. La tienne, surtout. Celle qui nous faisait dépenser de petites fortunes pour aller les voir un peu partout, États-Unis compris. Celle qui t’a amené à vouloir vider tes REER pour m’acheter la baguette de drum lancée par Rivers et saisie par moi-même (t’inquiète, je l’ai conservée pour Raphaël). Celle qui me faisait, sous tes pressions, participer à un encan pour acheter une guitare cheap apparemment signée par le groupe. Deux milles piasses plus tard, assez convaincu de m’être fait baiser. Solide. Mais comme tu riais de moi, et que t’étais heureux, je l’étais aussi.

Me souviens aussi l’honneur d’avoir agi comme best man à ton mariage, d’y avoir fait ton bien-cuit. Me rappelle surtout l’ampleur de ton amour pour ta Caro. Un amour en acier trempé. Vous étiez beaux. Complices. Parfaits.

Et tu sais quoi? Après ta mort, elle et moi avons jasé un bon 30 minutes autour de ta gueule, sur ton lit. En te regardant. Weird, hein? Et la science ne me croira pas, mais je suis convaincu que tu respirais encore. Que tu y étais. Que t’allais nous sortir l’une de tes meilleures jokes. Comme celle sur le «sérum and coke». Mais je me suis planté. T’es parti. Pour vrai. À la morgue. Et ton départ m’arrache, pour dire le moindre, une partie de 
mon âme.

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