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12:13 25 juin 2020 | mise à jour le: 25 juin 2020 à 12:16 temps de lecture: 4 minutes

Suis raciste moi non plus

Suis raciste moi non plus

La fin de session parlementaire fédérale s’annonçait, du moins en apparence, tranquille. Puis boum. Une simple motion du NPD aux allures de «pour ou contre la tarte aux pommes», devait mettre ainsi le feu aux poudres. Parce que ladite motion, condamnant le racisme systémique de la GRC (un huitième autochtone venait d’être assassiné par celle-ci depuis les… trois derniers mois), s’est vue être rejettée par l’une des oppositions. Les Conservateurs? Ninon. Le Bloc québécois. Oui, le bloc à la défense de…la police montée, joli symbole impérialiste-mange-canayen. Surréalisme à la sauce hallucinogène.

Bien entendu, le parti d’Yves-François Blanchet devait invoquer une excuse déjà mâchouillée, du style «un comité se penche présentement là-dessus, attendons d’abord ses conclusions, blablabla.» Le Bloc qui s’en remet donc à l’autorité d’un comité fédéral sur l’enjeu du racisme systémique pratiquée par la GRC, lequel était déjà reconnu par… la GRC elle-même. Surréalisme, disions-nous.

La stratégie, peu subtile au demeurant, devait être ensuite avouée par le chef bloquiste, ce dernier refusant d’annoncer si, le cas échéant, il reconnaîtra les conclusions du comité en question. Un chausson au cynisme, avec ça?

Parce qu’évidemment, la stratégie allait cartonner à merveille. Manifestement émotif de voir sa motion prendre le chemin des objets perdus, Jagmeet Singh saute un câble et traite Alain Therrien, leader en chambre bloquiste, de raciste. Vrouf. Sans surprise, l’affaire fait le tour du Canada avec, en prime, une charge autant prévisible que déplorable de Quebec Bashing. Formule idéale afin de braquer les projecteurs ailleurs, c’est-à-dire substituer le racisme envers les Autochtones par celui dont sont victimes les Québécois. Éviter aussi, par conséquent, d’avoir à reconnaître le concept honni de «racisme systémique». Bref, une pierre trois coups. Habile.

Et pourquoi cette crainte de reconnaître l’évidence? Simples calculs politiques.

Par définition, un électeur raciste ou xéno (oui, ça existe), ne pardonnera possiblement jamais à une formation de reconnaître ce même racisme systémique. Pire, il sera tout sensible aux messages ou slogan empreints de préjugés envers quelques minorités facilement identifiables. Des votes faciles, ainsi donc, pour tout politicien acceptant de se boucher le nez. Soyons honnête, le Bloc 2.0 a dernièrement succombé aux chants des sirènes.

D’abord, deux publicités de sa campagne de 2015. Dans l’une, il accusait le Nouveau parti démocratique de faire la promotion du niqab («faut-il se cacher le visage pour voter NPD?»). Dans l’autre, une goutte de pétrole se transformait en niqab (!), pendant qu’une narratrice déclarait : «Les élections s’en viennent, et si Thomas Mulcair est élu, il y a aussi un beau gros pipeline qui s’en vient, même si on n’en veut pas. Puis, même si on n’est pas d’accord avec le port du niqab pour voter ou se faire assermenter, Thomas Mulcair, lui, il l’est. C’est la goutte de trop. Je retourne au Bloc.»

Ajoutons à ceci les propos islamophobes de quelques candidats bloquistes à la dernière élection, notammen Claude Forgues, ayant fait circuler sur Facebook une vidéo avec une mention «L’islam est une maladie»; Lizabel Nitoi, ayant diffusé une publication dénigrant l’intelligence des musulmans sous prétexte de «consanguinité»; Valérie Tremblay, qui écrivait que «le voile, c’est le début. Après c’est : tu fais à manger et tu la fermes»; Caroline Desbiens (maintenant députée), qui craignait que les femmes soient bientôt obligées de se mettre un voile afin d’aller au IGA sous peine de se voir jeter en prison, et qui vantait, dans la même veine, Marine Le Pen. Juste ça.

Les sanctions imposées par chef Blanchet? Aucune expulsion desdits candidats, comme la décence l’aurait exigé. Plutôt une insignifiante publication à la formulation quasi identique sur les réseaux sociaux dont la sincérité était risible – chacun d’entre eux allant même à accuser le Journal de Montréal d’avoir «considéré» leurs propos comme étant racistes – comment pourrait-il en être autrement?

Est-ce à dire que ce même Blanchet serait lui-même raciste? Aucun commencement de preuve à cet effet, ni raison objective ou subjective de le croire. Reste que ce dernier devra choisir  : continuer d’ignorer ou nourrir le monstre de l’intolérance ou, geste plus noble et courageux, l’assassiner péremptoirement. Vivement la dernière option.

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