Inspecteur viral
12:36 1 juillet 2015 | mise à jour le: 7 juillet 2015 à 10:26

Non, ce jeune Londonien ne va pas sauver la Grèce avec une campagne Indiegogo

Non, ce jeune Londonien ne va pas sauver la Grèce avec une campagne Indiegogo

L’internet perd la tête et se met en mode frénésie à chaque fois qu’un 1) jeune veut 2) sauver le monde de manière 3) inusitée ou originale.

C’est le cas de Thom Feeney, un jeune homme de 29 ans qui travaille dans un magasin de chaussures de Londres et qui a lancé il y a quelques jours une campagne de sociofinancement sur le site Indiegogo qui vise à aider la Grèce à s’extirper de sa crise de dettes.

Son objectif? 1,6 G€.

C’est 1 600 millions d’euros.

Au moment d’écrire ces lignes, il est presque rendu à 1 M€ (MISE À JOUR: il a dépassé le million d’euros en début d’après-midi), un résultat fort intéressant.

Résultat qu’il devra répéter 1600 fois dans les prochains jours. (À titre d’exemple, la plus importante campagne Indiegogo de l’histoire a pu lever 12M$.)

Pour ce faire, comme dans toute campagne de sociofinancement, M. Feeney offre des cadeaux pour chaque tranche de dons. Si vous donnez 3€, vous recevrez une carte postale du premier ministre grec, Alex Tsipras; pour 6€, une salade grecque aux olives et féta; pour 10€, une bouteille d’ouzo, et ainsi de suite.

L’intention est noble, et M. Feeney est sans doute un chic type. On n’a qu’à lire la description sur la page de la campagne pour le voir. «[Cette campagne n’est pas une farce.] Le sociofinancement peut véritablement aider la situation, parce qu’il s’agit d’arrêter de tergiverser et de faire quelque chose. Je n’en pouvais plus de regarder la crise grecque s’empirer, alors que les politiciens ne font rien, puisque cette crise affecte des vrais gens.»

Adorable, héroïque, admirable, on vous l’a dit.

Mais l’idée comporte tout de même certains problèmes insurmontables:

1) Il est trop tard. La Grèce est déjà en défaut de paiement pour le 1,6G$ qu’elle devait au Fonds monétaire international (FMI). Le paiement arrivait à échéance mardi. C’est pour éviter ce défaut de paiement que M. Feeney avait lancé sa campagne.

2) Il a besoin de recueillir beaucoup plus que 1,6 G€. Remarquez que chacun des dons est assorti d’un cadeau, donc il faut enlever le prix du cadeau du don pour avoir le don net. Par exemple, selon ce site, le prix moyen d’une bouteille d’ouzo à Athènes en 2011 variait entre 7,5 € et 12 €. Bien sûr, M. Feeney aurait surement droit à un prix de détaillant, mais quand même, quand on donne 10 €, il faut enlever ce prix, donc ce dernier devra récolter beaucoup plus que 1,6 G€ en dons pour en arriver à un montant net de 1,6 G€.

3) Il a besoin de recueillir BEAUCOUP plus que 1,6 G€. Le fameux 1,6 G€ n’est seulement que le dernier paiement qui venait à échéance. En tout, la Grèce a une dette qui s’élève à 270 G€. Il ne va sans dire que le 1,6 G€ ressemble plus à un diachylon.

4) Il n’est pas en contact avec le gouvernement grec. Selon la page de la campagne, M. Feeney n’est pas en contact avec le premier ministre grec, même s’il promet des cadeaux venant de lui. À l’origine, M. Feeney offrait même une île grecque à quiconque faisait un don de 1,6 G€. De son propre aveu, il a dû retirer ce cadeau puisqu’il n’avait pas l’autorisation du gouvernement grec. Évidemment.

Bon. Et qu’arrive-t-il si *jamais* la campagne de financement réussissait à recueillir le montant visé?

5) D’un point de vue logistique, le projet n’a aucun sens. L’ensemble des cadeaux va être livré en août 2015, selon M. Feeney, ce qui est dans quatre semaines. Cela veut dire que M. Feeney devra voir à la distribution de 1,6 G€ de biens partout dans le monde, et ce, en un mois. À titre de comparaison, Amazon vend et distribue à peu près 6 G$ de biens par mois, soit un peu plus de 3 fois plus que ce que M. Feeney aurait à distribuer. Or, Amazon a besoin de quelque 154 000 employés pour ce faire; M. Feeney est seul. Pensez-vous qu’il arriverait à gérer à lui seul l’équivalent du tiers des activités d’Amazon, le plus gros détaillant en ligne du monde?

Encore une fois, l’idée est chouette, mais fondamentalement irréaliste.

MISE À JOUR: Comme prévu, la campagne a échoué, ayant atteint un peu moins de 2 M€, soit 0.0125% de l’objectif.