Inspecteur viral
14:53 24 avril 2016 | mise à jour le: 24 avril 2016 à 15:09

Oui, cette vidéo d’une rivière en feu est vraie, mais…

Oui, cette vidéo d’une rivière en feu est vraie, mais…

Cette vidéo fait présentement un tabac sur le web, en particulier auprès des groupes environnementalistes.

Dans la vidéo, on voit un politicien australien, Jeremy Buckingham, député fédéral des Verts, enflammer une… rivière. Oui môsieur.

Comme l’explique le politicien, du méthane s’échappe de la rivière Condamine depuis que l’industrie pétrolière a commencé à effectuer de la fracturation hydraulique dans les parages en 2011. L’imposante flamme brûle d’elle-même ensuite pendant plus d’une heure, selon lui.

C’est une illustration assez frappante des conséquences de la fracturation hydraulique, qui soulève tout un tas d’inquiétudes quant à la sécurité, l’impact sur l’environnement et les effets sur la santé humaine.

Sauf que…

Sauf que le Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO, ou Organisation fédérale pour la recherche scientifique et industrielle), l’agence gouvernementale australienne de recherche scientifique, affirme que le méthane qui s’échappe n’a probablement rien à voir avec la fracturation.

En entrevue avec le Guardian Australia, Damian Barrett, chercheur au CSIRO en exploitation du gaz naturel, affirme qu’il est «très peu probable» que le gaz soit lié à la fracturation dans le secteur.

Il explique que la rivière Condamine se situe sur des failles naturelles dans le roc, et des gisements de charbon à moins de 100m de la surface permettent au méthane de s’échapper. «La présence de l’industrie dans ce secteur n’a aucunement causé la présence de cette faille, elle est là depuis des millénaires, a-t-il affirmé. Le gaz s’échappe très probablement à la surface depuis que des humains habitent le coin.»

Il admet que des citoyens ont remarqué une augmentation du débit du gaz depuis le début des activités de fracturation, mais fait remarquer qu’une importante inondation, qui a eu lieu justement en 2011, aurait pu faire bouger les sédiments au fond de la rivière, ce qui pourrait expliquer le phénomène.

Sauf que…

M. Buckingham a répondu aux explications du CSIRO, en affirmant que cet organisme est financé par l’industrie pétrolière, et qu’elle n’est donc pas réellement indépendante. L’organisme réfute ces allégations.

Or, sur la page du CSIRO, dans la section «à propos», on peut voir un petit mot qui explique la mission de l’organisme:

«Notre but est de mener des études scientifiques pour atteindre les objectifs suivants:

– Aider l’industrie australienne»

C’est LITTÉRALEMENT le premier objectif de sa mission.

En plus, une petite visite sur la page Wikipédia du CSIRO nous permet de voir toute une panoplie de scandales associés à l’organisme, qui a entre autres publié un livre de nutrition pas très scientifique (ça, c’est non!) et vendu un produit bidon à la pharmaceutique suisse Novartis.

Mouain.

Sauf que…

(D’accord, l’inspecteur viral promet que c’est le dernier «sauf que».)

Le CSIRO fait savoir que plusieurs endroits naturels dans le monde ont des propriétés très similaires à ce qu’on voit dans la vidéo virale de M. Buckingham. Par exemple, voici les chutes de la Flamme éternelle, dans l’état de New York:

Une flamme y brûle souvent pendant des heures, voire des jours, et personne n’affirme qu’il s’agisse d’un effet secondaire de la fracturation. C’est un phénomène naturel assez bien documenté. Il y a plusieurs autres sites similaires dans le monde – tellement, en fait, qu’une page Wikipédia existe sur le sujet.

Bref, assez difficile d’avoir l’heure juste sur cette histoire. D’une part, il se pourrait bien qu’il s’agisse d’un phénomène entièrement naturel. D’une autre part, les organismes qui défendent cette thèse –la pétrolière Origin et le CSIRO – ne sont peut-être pas les plus convaincants.

Par contre, on ne peut pas dire à 100% qu’il s’agit d’une conséquence de la fracturation hydraulique. C’est une hypothèse plausible (et notons que la fracturation a causé une des pires fuites de gaz de l’histoire, à Aliso Canyon, en Californie).

Ça sera donc un dossier à suivre de près!